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GERARD FROUIN : Ma DIAGONALE des FOUS 2010 : MI LA FE !

 

GERARD

Ma DIAGONALE des FOUS 2010 : MI LA FE !

Gerard-1.jpg

GERARD

Ma DIAGONALE des FOUS 2010 : MI LA FE !

 

J’Aperçois L’ARRIVEEGerard-2.jpg

  Je sais maintenant que la joie de l’arrivée va me submerger et je n e f erai rien pour la maîtriser.

L’espoir de connaître cette émotion m’a tant  accompagné durant ce périple et ces mois de préparation que je suis bien décidé à laisser couler toutes les larmes de joie possibles : cela peut paraître idiot mais c’est la plus belle récompense dont j’ai rêvée.

Nous en avons parlé avec mes 4 compagnons dans la dernière descente et nous avons tous senti venir cette immense émotion.

Alors « main dans la main », nous voilà sur la piste du Stade de la redoute pour ces derniers mètres.

« C’est l’histoire d’un gars au bout de 2 jours et 3 nuits, 163 kms et 9600 m de D+. »

 

 

ENFIN LE DEPART !                       

 

Cap méchant, jeudi 21 octobre 2010,vers 20h : 

Gerard-3.jpgAprès 9 mois de préparation intensive, l’entrée dans le vif du sujet fait disparaître le stress des derniers jours. Il fait doux ce soir dans le sud de la Réunion. Un petit vent balaie les quelques nuages.

J’aime ces ambiances festives où le plaisir d’être nombreux à se lancer dans l’aventure efface totalement le stress du défi : je suis bien, détendu, sans appréhension.

D’autant que Catherine, Nathalie, Colette, et Michel sont venus nous accompagner avec Didier sur la ligne de départ. C’est très agréable d’être ainsi entouré : des bises et nous leur donnons rapidement rendez-vous à Mare à Boue avant de passer dans la bonne humeur le sas d’entrée.

Je montre au contrôleur mon beau bâton de bambou : il me sera un compagnon fidèle et très utile.

Premiers SMS d’encouragement de Michaël et Yohan qui viennent de se brancher sur le site : je sens déjà qu’avec autant d’entourage même à distance, ça ne peut que « le faire ».

 

QUELLE BELLE TROUPE : « La Réunion, tiens-toi bien ! Poitiers arrive sur tes flancs ! »

Gerard-4.jpg22H Le départ est donné : belle cohue, à la sortie du stade ça bouscule sur plusieurs centaines de mètres. Puis la route se dégage légèrement, me permettant d’apercevoir ma chérie une dernière fois ici.

Ensuite le bitume, peu intéressant à mon goût où je tente de prendre une allure stable et économe : 8-9 kms/h. Nous courrons relativement groupés avec Didier, Jacky, Florence, François et Pascal. Nos « ténors » sont déjà loin devant.

Economie, économie : ne nous affolons pas, le course ne commence vraiment qu’à Cilaos dans 90kms et il faut commencer par grimper 2400 m d’un seul jet !

Le premier ravitaillement (fin de chemin ceinture) après 5 kms me surprend par sa proximité.

Un bout de banane ou deux et c’est reparti vers… les bouchons.

Au gré du rétrécissement du chemin nous subissons de multiples arrêts ; Les marches sont hautes + racines + humidité : il suffit de mettre les mains et ça passe.

J’essaierai de doubler sur les cotés mais le risque d’entorse n’en valant pas la chandelle, je m’arme de patience.

Après plusieurs heures dans la forêt nous débouchons sur un premier niveau moins raide avec des petits arbustes mais plus de pierres : bientôt le fameux volcan de la Fournaise. Verrai-je l’éruption ?

Cette approche est stimulante et vivifiante. La température baisse : je mets mon coupe vent. Pas un mot échangé : le silence et le serpentin des « lucioles ».

C’est vrai et bizarre : on parle très peu la nuit.

C’est spécial de marcher dans le presque silence, dans la lueur réduite de sa frontale. On se sent dans son cocon tout en étant en pleine nature : j’adore cela.

 

ET LA LUEUR APPARUE

Quelques temps après, mirage sorti de la nuit : une lueur pourpre apparaît sur ma droite.

Des grondements sourds et un parfum de souffre.

Magique, enivrante, cette vision privilégiée efface la fatigue de cette première nuit sans sommeil.

Je suis euphorique : oui, nous allons bien voir l’éruption de nuit !

Gerard-5.jpgAu détour d’un bosquet, nous arrivons sur le sentier balcon du volcan.

Le temps s’arrête : difficile de raconter cette vision sur les rougeurs des 2 cratères en feu, la coulée de lave que nous apercevons et l’immensité de la cuvette du volcan de la Fournaise.

Chacun s’arrête ébahi pour quelques secondes, quelques photos : un spectacle inouï.

Ca commence fort, très très fort.

Yohan et Michaël me disent bonjour en sms : « Bientôt 6 h de course! Allez Papa tiens bon ! »

Il est encore tôt (environ 5h du matin) et donc en prime, nous avons droit au lever de soleil sur le volcan. Tant pis pour ceux qui nous ont devancés dans la nuit.

 

Le Volcan

vendredi 06h30

31 kms

08h30

de course

 

FRAICHEUR SUR LE VOLCAN

Gerard-6.jpgIl fait frais avec un petit vent.

Je refais le plein de mes 2 litres d’eau avec en guise de petit-dej de la soupe et du café puis l’indispensable coca-sel.

Axel et Fatia sont là : merci à eux pour leur attente dans le froid. Leurs encouragements facilitent le redémarrage.

Le paysage est désormais lunaire car nous traversons la fameuse « plaine des sables » haute en couleurs sous ces rayons de soleil matinaux.

Direction le point culminant le la course : l’oratoire sainte Thérèse 2400 m.

Je m’attendais à une chapelle, il ne s’agit que de petites croix et quelques statues de St Thérèse.

Déjà le prochain pointage pointe le bout de son nez à Piton Textor, assez décevant après la beauté du site du Volcan.

 

Mare à boue

vendredi 10h02

50 kms

12h02

de course

 

MES SUPPORTERS SONT LA !

Gerard-7-copie-1.jpgNous traversons des chemins d’alpage bordés d’arums : magnifique.

Puis, nous retrouvons bitume et béton pour cette arrivée sur Mare à boue. Pas terrible.

La vue de Catherine, Colette, Michel  et Christophe compense tout de suite la météo grisonnante dont je me fiche instantanément.
Cela me fait bien plaisir d’autant qu’ils ont dû eux aussi marcher beaucoup pour rallier ce ravito qui s’annonce pluvieux : ils font leur Diagonale aussi !

Chouette il y a des pâtes et un morceau de viande. Nous nous asseyons sur des lits de camp installés dans un champ sous une bruine qui commence.

J’en profite pour le premier changement de chaussettes. En me tartinant les pieds de crème anti-ampoules, je vérifie l’état de mes pieds : aucun pb.

Nous partons avec Jacky & Didier vers Belouve.

 

LE PIEGE de la FORET de BELOUVE

17 kms à faire pour rallier le Gîte de Belouve.

Gerard-8.jpgPetit bonus de l’organisation : nous devons emprunter le chemin plutôt que la route après seulement quelques kms de faux plat reposant. C’est pas un cadeau !!

Notre trio bleu blanc rouge est en forme : je prends plaisir à courir sous la pluie.

Puis le chemin est là, ça devient chaud ! Pas la météo, car il pleut toujours mais le sol : gadoue, racines, incessantes montées et descentes, très gros sauts…

Je me raccroche à tous les arbres, lianes et voisins ! Epuisant.

D’ailleurs le chemin est tellement difficile que les bouchons recommencent.

Encore beaucoup de patience et la délivrance finit par arriver. Dommage la vue plongeante sur Hell Bourg est complètement bouchée par les nuages.

Hum que ça sent bon les grillages : certains attendent la levée des nuages en faisant un barbecue : ils y sont peut être encore! J’aurais bien mangé 2 ou 3 saucisses dans un bon sandwich de pain frais !

A la place, la descente moins fun vers Hell Bourg en grande partie bétonnée !
Cassante et glissante : elle est usante mais au final assez rapide.

Je rejoins le stade après un très long faux plat.

 

 

Hell Bourg
Stade de foot Dominique Hubert

vendredi 16h18

71 kms

18h18

de course

 

DEUXIEME NUIT : ON ENTRE DANS LE DUR MUR

Me voilà arrivé sur ce stade où je suis désolé de retrouver notre Lulu préféré qui a jeté l’éponge : tu avais dit que tu m’attendrais !

Je replonge dans mes priorités de ravitos : manger, boire,  faire le plein, m’étirer. Cela m’évite de gamberger.

Je m’étale un peu dans l’herbe : cela fait du bien de retrouver un terrain plat et souple.

Aucun bobo notable: le genou droit est désormais équipé de ma genouillère qui ne le quittera plus. Il se rappelle à mes souvenirs régulièrement mais je ne laisse pas les douleurs entamer mon moral.

J’en profite aussi pour déguster les SMS de Michaël, Yohan et Catherine : « tu gagnes des places au fur et à mesure de la course: vas pas trop vite non plus tu risquerais de finir 1er! », « 71 kms à mon compteur! Je suis fier de toi, lâche rien! » !

Ah les bougres, ils me donnent décidément un moral d’enfer !

Gerard-9.jpgC’est reparti pour du lourd : Cap Anglais, Gîte du Piton des neiges et descente du Bloc.

Derrière le stade la montée reprend ses droits immédiatement : nous avons 1500 m à grimper. Nous repartons toujours à trois.

Les frontales rapidement après ½ h de marche.

La voilà la grosse nouveauté du circuit: le Cap Anglais.

Je n’en ai pas fait la reconnaissance à la différence de mes autres compères : je n’ai donc aucune d’appréhension.

Ca grimpe vraiment très fort et surtout cela ressemble très fréquemment plus à de l’escalade qu’à du trail. Et ça me plait : en effet cela change de la galère collante de Belouve.

J’aime bien marcher de nuit, alors je prends la tête. Didier par contre commence à souffrir du ventre.

 Il recommence à faire très frais : nous nous équipons au maximum d’une petite polaire et de notre coupe vent. La neige peut bien tomber si elle le voulait, je suis au chaud!

Enfin presque car le vent se renforce nettement et il faut veiller à ne pas trop arrêter ; chose qui arrive au pointage du Gite car le système patine. On râle un peu et ça passe.

 

Gite Piton des neiges

vendredi 20h57

81 kms

22h57

de course

 

FRAICHEUR DANS LA NUIT

Gerard-10.jpgSoupe toujours insipide, je recherche surtout sa chaleur et grignote tout ce qui passe.

Le remplissage de la poche à eau est délicat par ce froid. Cela donne le temps à Didier de nous rejoindre pour nous indiquer qu’il s’arrête pour se soigner : à cet instant, je pense que pour lui c’est fini.

J’appelle Catherine pour la prévenir de notre arrivée prochaine à Cilaos puis nous partons avec Jacky, dans la descente du bloc (1250 mètres plus bas).

Jacky prend naturellement les devants dans cette descente périlleuse constituée souvent de vraies marches irrégulières : je ménage mon(mes) genou(x).

Cela me permet d’échanger avec une charmante jeune concurrente que ses genoux font également souffrir.

Quand je pense que le premier Kilian JORNET était déjà arrivé à ce moment là en 23h17, ça me tue !

Mais, non, il n’a que 21 ans l’artiste. Et puis il est bon et c’est tout !

 

Je rattrape Jacky plusieurs fois au gré de ralentissement.

Nous mettrons 1h50 à rejoindre le stade de Cilaos.

Nous empruntons pour finir une route très sombre et mal indiquée.


 

Cilaos

vendredi 23h49

89 kms

25h49

de course

 

UNE NOUVELLE COURSE

Gerard-11.jpgNous avions dit que la course commence à Cilaos, qu’il fallait y être donc dans le meilleur état.

Je suis donc très satisfait d’y être, certes avec peu d’avance sur la barrière horaire (seulement 41mn) mais entier, sans problème physique, ni baisse de moral.

Surtout quand j’aperçois nos « Pom-Pom Girls et Boys » dans le noir (Catherine, Michel, Colette, Nathalie, Marie, Sylvie, Véro et Maryvonne), je suis ravi.

Nous tentons de rassurer Nathalie et Marie pour Didier et Pascal alors en difficulté.

Puis direction le pointage et le ravito.

Je me re-concentre sur ma pomme : récupérer mon sac de rechange, manger, me faire masser, dormir. Mais dans quel ordre ? Jacky veux aussi voir un podologue donc nous nous séparons. Direction la bouffe pour moi.
Et là boum : ça devait arriver. J’ai un gros coup de fatigue en faisant la queue et là je comprends qu’il va falloir se reposer. Je préfère la fraîcheur du dehors.

Alors je prends mon assiette pour aller faire la queue au Kiné où j’en profite aussi pour me changer.

Un petit coup de remontant avec mes SMS :

-          « encore 170 places de gagner ; je suis à fond derrière toi Papa » : bizarre sur le moment, je comprends ensuite que les abandons sont légions.

-          « c’est un exploit ce que tu fais : t’a pas mal !!! » : la blague me fait rire J.

-          « Biz et prends garde à toi en se rappelant Champeix » : j’étais moins frais il y a un an après deux fois moins de kms : super cool.

-          «Papa, tu as été mon moteur de motivation toute la journée au travail malgré une journée pas facile! » : en plus si je fais plaisir !

 

Je redonne mon sac de rechange utilisé à Michel et je dis à Jacky que je vais dormir.

Gerard-12.jpgJe croise alors Florence et François. Ils grelottent et me font part de leur décision d’arrêter : je la respecte car elle doit être bien difficile à prendre après autant de préparation.

Sous la tente, je me couche en mettant mon téléphone en réveil dans 1h15 mais n’arriverai pas à trouver le sommeil.

Daniel qui a choisi de repartir avec nous, est allé chercher Pascal. Didier par miracle s’est refait une santé et repart aussi.

La décision est prise d’arriver ensemble donc peu importe le temps désormais l’objectif : finir à 5.

Après ce repos, je suis vaseux mais la bête est encore cohérente.

Catherine, toujours debout à 3h du matin (!!!) nous indique la bonne route à prendre.

Il est 3h08 du matin ce samedi (29h08 de course) : nous partons avec seulement 22 mn d’avance sur la fermeture mais je sais que les limites de la deuxième partie sont plus souples.

Voilà maintenant une deuxième course commence : reste 73 kms.

Hauts les cœurs !


 

PETIT DEJ AVEC UN TEC TEC

  Gerard-13.jpgIl va falloir descendre avant de regrimper 1160m. Je leur avais pourtant dit que je préférais grimper !

Elle est longue cette descente que l’on croit plusieurs fois finie.

Au fond de la cascade bras rouge, un premier gué et là un premier plouf de Jacky qui nous fera désormais rire avec ses traversées de rivière.

Un sympathique ravito renommé « Taïbit plage » (!) au lever du soleil.

La montée dans de magnifiques bois nous réchauffe : nous faisons des photos accompagnés d’un charmant Tec-tec qui nous mange quasiment dans la main du …pain d’épices amené à avoir un grand succès.

 Gerard-14.jpg

Moment très agréable cette montée puis au col du Taïbit nous basculons dans le cirque de Mafate avec la descente vers Marla qui se fait sous un beau soleil.

Nous croisons dans la descente des randonneurs qui en regardant mon dossard me disent qu’il y a une surprise pour moi à Marla : mystère!!!

 

 

Marla

Samedi 8h54

103 kms

34h54

de course

 

LA BELLE SURPRISE

Gerard-15.jpgEffectivement en y arrivant, Olivier, un collègue et ami de la Réunionm’attend dans cette vallée inaccessible aux voitures : il a couché sur place pour m’attendre. Je suis surpris et enchanté de sa présence réconfortante : merci à toi Olivier, tu es vraiment trop fort l’ami !

Nous faisons quelques photos, je lui paie un coca du ravito (je suis radin quand je cours !!).

Et nous passons un bon moment à table ensemble avec un excellent rougail saucisse : pas belle la vie ?

Mais il faudrait aussi dormir Gérard ! Je cherche un endroit pour m’allonger : trop chaud sous la tente, trop de bruit dehors. Vous saviez bien que j’ai le sommeil léger !

Jacky qui ne peut pas dormir aussi, part devant. Moi je dis aux autres que je les attends plus bas : mauvais choix.

En effet nos petits camarades n’ont pas mis de réveil!

Quand ils arrivent enfin à mon niveau, voilà qu’ils me laissent sur place considérant que la barrière horaire est trop proche.

Je peine dans la descente, chope une ampoule et suit donc un peu furax! Jacky qui a bien géré lui nous attend à la fraîche du ravito suivant. Bien vu !

Traversée de gué, 2ème plouf de Jacky !

Pour récupérer du temps sur les barrières nous alignons rapidement Roche plate.

Les sentiers sont par moment très escarpés avec des mains courantes.

 

 

Roche plate

Samedi

13h19

111 kms

39h19

de course

 

 

Le lieu est bien agréable mais le chemin depuis Marla m’a fatigué.

Après près de 40h sans dormir, je sens qu’il faudra que je m’allonge vraiment à Deux Bras.

Il reste 15 kms mais pas des plus faciles avec la Rivière des Galets : je redoute un peu cette partie difficile de transition où le risque de blessures s’accroît.

Les mollets commencent à durcir : je les masse vigoureusement puis essaie de me réveiller en passer la tête sous l’eau fraiche.

Mafate sous le soleil, c’est chaud et fatiguant par les multiples relances et les sentiers qui sont parfois très escarpés. Heureusement se supporte bien la chaleur et puis, c’est pas non plus le désert !

 

 

Ilets des orangers

Ecole

Samedi

15h21

116 kms

41h21

de course

 

 

MON COUP DE MOINS BIEN

Gerard-16.jpgCela devient dur pour moi : nouveau coup de mou dû à la fatigue.

J’ai mal au genou et aussi au talon droit.

J’ai changé de chaussures à Cilaos. Erreur car celles-ci sont plus anciennes et plus chaudes.

Je m’étire régulièrement mais cela ne rend pas la fraîcheur du départ !

Un ravito de pâté fait du bien mais la tête reste en vrac, je préfère repartir.

Allez sert les dents mon gars : ça va passer.

Tenir jusqu’à deux bras : 10 kms encore avant de s’allonger. J’indique aux mousquetaires qu’il me faut absolument dormir au prochain gros ravito.

Nous suivons la Rivière aux galets qui est plus pénible par la succession de ses montées et descentes que par ses…galets.

Au détour d’un petit virage, je vois Didier trébucher et ses jambes disparaître dans le feuillage coté ravin !!

Et il recommence sa cascade quelques mètres plus loin : reste avec nous Didier !

La falaise un peu abrupte, les mains courantes et la fatigue nous rappelle la nécessité d’être attentif.

Catherine m’indique qu’elle est déjà arrivée à Dos d’âne (il est 18h) et qu’elle envisage de descendre à Deux Bras. Je refuse : pas question pour elle aussi de prendre des risques surtout que la nuit tombe.

Et tant pis si elle ne m’attend pas car il nous faut avant me reposer nettement à Deux bras où nous arrivons + monter encore 2 heures : nous ne la rejoindrons pas avant minuit !!

Là je vois que nous avons vraiment du retard sur notre progression mais il nous reste de la marge sur les barrières : 1h15.

 

 

Deux Bras

Samedi

18h44

126 kms

44h44

de course

 

 

REPOS DES DEUX BRAS ET DU RESTE !

 

Ouf nous y voilà à ce 2ème gros poste après Cilaos avec notre deuxième sac de rechange.

MA priorité : trouver un lit et me reposer vraiment.

Je demande même à une infirmière s’il y a un médoc pour m’endormir ; je crois reconnaître Fatia mais il s’agit en fait de sa copine Frédérique qui a bien entendu parler des poitevins : comiques ces rencontres fortuites !

Elle me dit « pas de médoc pour s’endormir, au risque de ne pas se réveiller » : pas faux !

Je repars à la recherche d’un lit : nickel, il y en a un qui se libère près de Didier déjà installé.

D’avoir trouvé un lit est déjà un soulagement.

Je me change, recharge mes réserves et m’allonge. Je me détendrai ainsi une heure toujours sans dormir mais le repos est salvateur.

Pascal s’est installé aussi pas loin ainsi que Daniel et Jacky : finalement tout le monde est un peu nase.

Ils sont en creux ces lits de l’armée, pas évident à s’allonger complètement mais je suis bien au chaud : que ça fait du bien la position allongée.

Ici pas de musique, pas de grosse chaleur : c’est vraiment un endroit sympa.

Allez, il est l’heure de refaire le packtage : je fais le tri, soigne rapidement mes ampoules, change les piles de ma frontale principale et direction mangeaille.

Divine surprise ce ravito est super bon : lentille, riz, pâtes, rougail saucisses. Elle est pas belle la vie ?

Mais bon, Catherine m’attend là-haut avec pain d’épices et chaussures alors les gars, maintenant on y va.

 

Gerard-17-copie-1.jpgCa commence par un gué fameux

C’est sûrement pour tester nos capacités d’équilibre car on cherche vraiment comment passer : test réussi pour tous avec une bonne suée. Même Jacky s’en sort sans mettre les pieds dans l’eau.

Après c’est pire : Wouah, la côte lé « raid ».

Bon sang heureusement que Catherine n’est pas descendue, ça rappelle le Cap Anglais avec ses phases d’escalade. Ils vont finir par nous fatiguer, c’est sûr.

Y’a d’ailleurs Jacky qui commence à s’énerver sur les racines : pas bon signe.

Il faudra 2 bonnes heures pour régler ces 7 kms de passages vertigineux, échelles métalliques et autres mains courantes.

On est un peu dans les vapes quand on débouche à Dos d’âne dans le noir.

Catherine et Nathalie, les irréductibles, sont là à minuit; elles nous attendent depuis 6 heures dans ce trou perdu !!! Faut-y pas qu’elles soient amoureuses quand même : je vous aime les filles, vous êtes de plus belles lumières dans la nuit que nos frontales !!!

Ah le pain d’épices de Catherine fait des merveilles car certains ne sont pas bien bavards !

Moi je change avec plaisir mes chaussures et chaussettes.

Gerard-18.jpgNous sommes bien ingrats de repartir aussi rapidement mais cette dernière nuit va encore être longue.

Je suis inquiet pour la descente en voiture en pleine nuit de Catherine. Même si je lui fais confiance, je sais qu’elle a peu dormi depuis 2 jours.

Un peu plus loin, ravito inutile et peu accueillant : ça change du précédent !

Et que dire de la descente qui suit : dans une poussière ocre épaisse. On ne voit pas les obstacles.

Je cherche mes appuis et me raccroche à toutes les branches possibles : super pénible.

D’autant que Didier, Daniel et Jacky ont filé droit ; nous restons à galérer derrière avec Pascal !

J’aurais aimé une entraide plus importante dans ces moments de fatigue et super risqués avec le ravin sur le côté. Mais chacun se concentre sur ses propres efforts. Dommage !

Les piles de la lampe de Daniel Lâchent : je lui prête ma frontale de rechange.

Il reste 10 kms avant le dernier gros ravito de la Possession.

Et là Daniel donne de sérieux signes de fatigue : en clair il dort en marchant !

Il titube littéralement, je lui fais remarquer, le faisant passer devant moi mais rien n’y fait.

Il s’assoit sur un roc au milieu du chemin pour dormir quelques instants mais c’est sûr il va en tomber.

Je le force alors à s’allonger sur le côté : ses pieds dépassent sur le chemin.

Il me fait rire : les concurrents sont obligés de l’enjamber.

Quitte à attendre, je m’allonge aussi dans le bas coté sans vraiment savoir sur quoi! C’est toujours ça de gagner.

Après 10 mn, Daniel est ok pour repartir. Direction La Possession.

Chemin, route, sous-bois, c’est moche et long. Daniel fatigue encore.

L’arrivée sur la route marquera la fin de ce passage pénible.

Nous atteignons avant l’aube ce dernier gros ravito.

 

Possession

Dimanche

05h00

142 kms

55h00

de course

 

 

11 HEURES pour 20 KMS : C’EST GAGNE ou presque

 

Il ne reste plus de cuillère pour manger les pâtes froides !

A la guerre comme à la guerre, j’utilise un bouchon de bouteille d’eau pour gober des pâtes tièdes.

A l’aube de ce dernier jour nous sommes vraiment nases et je profite de la pause de Daniel pour moi aussi m’allonger 15 mn sur un lit qui se libère (encore sans dormir !).

Mes SMS : « Ce que tu as fait es déjà merveilleux mais tu te rapproches de plus en plus de l'apothéose. Je suis top fier de toi vraiment. Je te transmets toutes mes forces. Bisous ! », « Allez papa t’a jamais été aussi près de l'arrivée!! Ca va le faire, lâche rien:) gros bisous »

 

Gerard-19.jpgJacky s’inquiète fort des barrières horaires mais nous avions 3h d’avance en arrivant : pas de panique Jack ! C’EST GAGNE ! Sauf entorses, sauf gros coup de mou, sauf … sauf rien.
Plus que 20 bornes et ça c’est rien par rapport aux kms parcourus depuis le début de l’année.

Nous réveillons tout de même Daniel et repartons via la route pour emprunter le chemin tuant des Anglais.

La pente lé super raide. Je la prends régulièrement et résolument. Vas-y mollo me dis Daniel mais nos 3 autres amis sont déjà loin.

Grosses pierres de lave bien taillée au début, puis complètement anarchiques.

Nous faisons course régulière avec Daniel avec le petit plaisir de quelques photos : désormais on ne sera pas premiers : il est arrivé depuis…34 heures !!

Après le pointage de Grande Chaloupe, nous avons encore 3h d’avance sur la barrière. Nouvelle portion du chemin des Anglais 3 fois plus erratique que le premier.

Comment faire pour ne pas se tordre les chevilles dans cet amas de grosses caillasses : difficile d’imaginer que cela fut une route un jour !

 

Fin du chemin de galérien : le grand ouf !

Voici maintenant la route de St Bernard : partie peu poétique où le bitume nous amène à côtoyer les voitures ! Dur retour à la réalité.

Nous montons régulièrement avec Daniel et après quelques virages, rattrapons Pascal qui cale.

Un chemin de crête de la fenêtre nous mène ensuite à Colorado.

 

Colorado

Samedi

11h02

157 kms

61h02

de course

 

LA FETE S’ANNONCE

 

Dernier ravitaillement, Hélène et Fétéa nous y attendent : fatigués mais détendus, nous savons que nous avons partie gagné.

J’appelle une dernière fois Catherine avant que la batterie de mon téléphone lâche pour annoncer notre arrivée vers 13h.

Alors désormais, le temps ne compte plus : nous allons savourer ces derniers kms, cette dernière descente en imaginant notre arrivée, notre émotion qui monte, monte.

Je n’attends plus que cela. Le temps est magnifique, la forêt resplendissante.

Nous avons en contrebas le stade de la Redoute d’où nous entendons les clameurs des arrivées qui se succèdent. Nous échangeons nos dernières émotions avant de ne plus pouvoir dire un mot.

Mes larmes sont très proches.
Faire gaffe garçon quand même car on prend des raccourcis très pentus alors qu’il suffirait de suivre la piste. Et puis le bas de la pente…
Plus un mot : je ne peux plus. Déjà nous tombons dans les bras des uns des autres : c’est gagné, c’est sûr de sûr !

Avant la foule nous profitons de ce dernier moment d’intimité pour mettre le maillot de la course (obligatoire !). François est là et nous filme

Allons alors vers ce stade. Aux bravos sincères des passants, j’essaie de répondre la gorge nouée.

Ca va être grand, C’EST GRAND.

 

A l’entrée du stade, nous nous prenons la main…

Gerard-20.jpg

Je suis immensément heureux, fier et très bien entouré.

 

 

MERCI

 

Merci, Merci à Catherine qui elle aussi a fait sa (notre) diagonale.

Elle m’a (nous a) soutenu comme elle sait le faire.

Je ne dirai pas que sans elle, je ne serais pas allé au bout : je ne l’aurais tout simplement pas fait.

Elle savait que je ne lâcherais rien, je savais qu’elle serait partout où c’était possible.

Un souhait : refaire cette rando de jour avec toi et seulement toi.

 

Merci Yohan, Michaël de tous vos messages. Je les garde précieusement : ce sont des souvenirs pour moi encore plus forts que les paysages de la Réunion.

 

Et puis une mention spéciale à Colette et Michel qui ne connaissaient pas totalement notre folie et que j’ai fait souffrir un peu je pense. Cela méritait bien un tour sur le volcan by night !

Merci aussi à Christophe pour sa présence à Mare à boue.

 

Olivier : la surprise de ta présence à Marla a été super réussie. Merci mille fois de ton bivouac à Marla pour simplement m’attendre. Ta présence était géniale et m’a donné une pêche d’enfer. J’aurai du mal à te rendre la pareille !

 

Daniel : qu’il est très agréable de courir à tes cotés: toujours enjoué et positif et puis te voir dormir en marchant est trop comique !

Pascal : nous avions fait Champsaur sans nous quitter, voilà désormais un autre très beau parcours : ça te dit l’UTMB ?

Didier : tu peux dire que tu m’as fait flipper dans le Cap des Anglais mais le bougre est costaud pour se remettre aussi vite. Chapeau !

Jacky : tu as été à mon sens le plus fort et régulier et tu nous as en plus fait rire avec tes pieds dans l’eau et ta façon de râler contre les racines quand tu fatigues un peu.

Merci mes camarades pour cette belle balade!

 

Merci aussi à toutes les autres groupies de notre groupe. A quelques messagers spécialement Maryse et Catherine.

Et puis tous ceux qui m’ont dit nous avoir suivis via Internet certains en s’étant levés à 3H du matin !

 

Et puis, et puis…celui par qui tout ça est arrivé.

Oui, il y a un responsable à notre folie dont la modestie égale le dévouement, la jovialité - la compétence,

Dans la famille des fous de la Réunion, je demande le chef : Christian.

Tu nous as coachés, conseillés, entrainés, motivés…

Mille remerciements ne sont pas suffisants pour te dire

combien j’ai apprécié cette initiative de voyage et de course.

Kiki t’es bien le meilleur. Merci également à Maryvonne qui nous a fait découvrir avec passion SON île.

PS : t’es finalement pas si loin devant nous (avec l’excellent Alain) : seulement 17 H !!!

 

 

 

BONUS :

Au-delà de mon petit graphique, j’avais découpé le parcours en 13 petits tronçons selon les ravitos.

J’ai consulté ce petit schéma uniquement pour connaître les difficultés restantes et quelques barrières horaires.

Contrairement à la CCC, jamais le moral n’a baissé. Jamais je n’ai douté de pouvoir rejoindre la Redoute.

Mes quatre petits trucs pour passer les quelques moments de fatigue ont été :

-          de penser à boire et manger encore plus régulièrement : Mars et ça repart !

-          une petite musique intérieure que je me créais avec quelques chansons que je me choisissais : moi pas besoin d’écouteurs Kilian !

-          imaginer la joie de l’arrivée : toujours ces larmes qui montent !

-          des pensées pour les miens. Et ça, ça rend indestructible !

 

Mes forces

-          le moral : je n’ai jamais douté de ma capacité à boucler le parcours

-          ma gestion des ravitos : bonne gestion des priorités entre ravitos et repos

-          mon entourage : savoir que Catherine et la famille me suivait sur le parcours, c’est trop fort. Je crois que cela a aussi aidé mes autres camarades notamment à Dos d’âne : il est bon le pain d’épices de Catherine !!

-          l’expérience de la rando itinérante dans des conditions bien plus difficiles que celles que nous avons connues ici

-          le timing de l’arrivée sur place : je ne voulais pas reconnaître le parcours. Je reste persuader que cela me convient.

-          Physiquement les cuisses étaient parfaites dans les montées

-          Le choix de l’équipement : aucun pb sauf un changement de chaussures inutile

 

Mes faiblesses :

-          en premier l’absence de sommeil à peine croyable : 3 nuits sans dormir est-ce possible ? Oui la preuve mais la fatigue peut prendre à tout moment. Une condition : s’allonger tout de même et se détendre un maximum. Ce que j’ai fait 3 heures en tout.

-          Les genoux et surtout le droit mais heureusement, l’option genouillère m’a sauvé la mise

-          Les descentes !

-          Trop de gels brûlent la gorge : il faudra que je marche plus avec du salé la prochaine fois

-          Un sac encore à optimiser : trop de rechange (ôter 1 chaussette et 1 maillot)

 

 

 

Déjà un nouveau rendez-vous ?

Oui avec plaisir : l’UTMB en 2011, si j’ai le plaisir d’être tiré au sort (même distance, même dénivelé mais 44h maxi autour du Mont Blanc moins cassant tout de même).

 

 

A suivre donc, les fous sont toujours en liberté !

 

Gérard

 

 

PS : Merci beaucoup à ceux qui m’ont fait confiance en nous accompagnant dans notre appui à l’association FISAKAISANA ; c’est plus de 3500 € qui vont ainsi améliorer le quotidien d’un village Malgache.

 

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G
<br /> Réussi...<br /> Merci la reconnaissance vocale !!!<br /> <br /> <br />
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G
<br /> et zut !!! j'ai reuçi à pleurer comme un gamin devant mon écran ...<br /> merci et bravo.<br /> gilles<br /> <br /> <br />
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