DIAGONALE DES FOUS 2010
493ème en 46h16’38" pour : 163km et 9646m de dénivelé positif :
Quelques chiffres
2555 au départ de Cap Méchant à St Philippe jeudi 21 octobre à 22h, dont 275 femmes et 2280 hommes
1444 à franchir la ligne d'arrivée au stade de La Redoute (St Denis) dont 133 femmes et 1311 hommes
Soit 44,% d’abandons ou Hors délais
Jeudi 22 octobre : Le grand jour est arrivé !
Préparatifs, la tension monte !
Toute la journée, chacun prépare son sac de course, ainsi que les sacs d’assistance. L’activité est intense, La tension est palpable. L’étalage du nécessaire de course, vêtements, ravitaillement, produits énergétiques, lampes, matériel obligatoire, etc….fait penser à un déballage de foire (en moins bien rangé) il y en a partout, sur la table, le canapé, dans le couloir. Chacun s’affaire et court dans tous les sens. Les sacs sont remplis, vidés, vérifiés et finalement bouclés.
Vers 17h30, tous les Poitevins nous ont rejoints et nous nous retrouvons quelques mètres plus haut (déjà du dénivelé) chez Hélène, notre copine, propriétaire de nos bungalows. Elle va suivre la course avec Fétéa pour réaliser un petit film. Premières photos et prises de vue, accompagnées d’un petit pot de départ. Sympa, Hélène fait toujours les choses en grand !
Vers 18
h, Marc et Micheline, Cousin et cousine de Maryvonne, venus spécialement de St Philippe avec un minibus et une voiture, arrivent pour nous conduire à Cap Méchant, lieu de départ de la course. Quelle gentillesse !
Malgré quelques bouchons à quelques encablures de Cap Méchant, nous arrivons vers 20h. C’est la foule et çà bouchonne à nouveau pour passer le sas d’entrée et de vérification des sacs. Nous sommes invités à passer par petits groupes. Ca y est, nous sommes enfin dans l’enceinte de départ. 1h30 à patienter !
Nous pouvons profiter d’une petite collation et nous nous laissons tenter, ça fait passer le temps ! Prise de photos, derniers passages aux toilettes.
Un groupe créole entonne des Ségas entrecoupés d’allocutions diverses. Plus que 45’, nous nous donnons rendez vous à La Redoute, et je me place en assez bonne position dans l’aire de départ avec Alain, Daniel et Lulu. Le reste de l’équipe préfère se placer en retrait. Je ne pense pas que c’est une bonne solution, mais bon, c’est leur choix ! Nous nous asseyons à même le sol poussiéreux. Malgré les chants, l’attente est longue.
Jeudi 22 octobre : Cap Méchant : 22h00
Au 3ème coup de canon, nous nous élançons. Quelle cohue !
Tant pour les coureurs sur la route, que pour les spectateurs. Il y en a partout, sur le bord, dans les arbres, sur les toits ! Après quelques foulées je me retrouve avec Alain, Daniel et Lulu. Rapidement Daniel et Lulu décrochent, l’allure leur semblant trop soutenue. Ils préfèrent se ménager. Pourtant nous ne sommes qu’à 10km/h, le minimum pour arriver en bonne position au gîte de Basse Vallée et éviter les bouchons du sentier d’accès à Foc-Foc (zone du volcan).
Après quelques km, la route laisse place à la piste forestière et s’élève progressivement. Alain, victime de quelques maux digestifs lève le pied après une dizaine de km et je me retrouve seul. J’arrive au gîte de Basse Vallée en 1h41’, soit 6’ de plus qu’en 2007. Rien de bien grave ! Respectant ma stratégie, plein d’eau rapide et je repars en à peine 3’. J’effectue l’ascension du Volcan et atteint sans problème le poste de Foc-Foc. A quelques encablures avant ce poste, belle surprise au niveau du Piton Bois Vert ! Le volcan gronde et nous offre son spectacle de feu et de coulées incandescentes ! Malgré le vent glacé, comme de nombreux autres concurrents, je prends le temps d’admirer l’éruption. J’en profite pour mettre mon coupe vent, avant de repartir. A Foc-Foc, je me ravitaille rapidement, un morceau de barre, coca-sel, verre de soupe en à peine quelques minutes.
Vendredi 23 octobre : Volcan : 30km : 3h38’
J’arrive au poste de La Route du Volcan, comme prévu approximativement, en 5h38. Juste une dizaine de minutes de retard sur ma prévision la + optimiste, (43h) mais dans le créneau de ma prévision limite de 45h. Verre de soupe, morceau de barre, coca-sel et le plein d’eau, quelques étirements et c’est reparti. Je suis frustré de traverser la plaine des sables de nuit ! Petite compensation, je peux admirer la procession de lucioles dans les pentes de la montée à l’Oratoire Ste Thérèse, et ensuite, en montant à mon tour, admirer celles qui traversent cette plaine des sables. C’est magique ! La descente sur Piton Textor très caillouteuse, parcourue de nuit est très difficile. Plusieurs fois, je m’accroche les pieds, heureusement sans tomber !
Au poste de Piton Textor, je m’alimente rapidement. Je ne prends pas d’eau, je devrais en avoir suffisamment jusqu’à Mare à Boue. A la sortie, je retrouve comme prévu Axel et Fatia, venus nous encourager. C’est toujours un grand réconfort de trouver des supporters. Quelques mots, une photo, et c’est reparti.
Vendredi 23 octobre : Mare à Boue : 50km : 6h37’
A Mare à Boue, j’ai vingt minutes de retard, mais c’est normal les sentiers de Foc Foc au Piton Textor sont caillouteux et la progression a été moins rapide de nuit. Il farine et fait froid. Je prends un petit repas chaud. En fait les pates sont froides ! Le poulet
est mangeable. Je m’assois sur un lit de camp, change de tee-shirt et m’étire. Je remets mon coupe vent, prends un verre de soupe chaude et repars.
J’attaque le sentier hyper technique de Bélouve. La 1ère partie, reconnue la semaine précédente, est très rude, il faut sans cesse s’agripper aux arbres pour descendre, mais j’avale cette partie sans problème. La seconde sera plus corsée et interminable ! Cette forêt primaire est magnifique, mais que c’est dur ! Rochers et troncs d’arbres humides, çà monte, redescend, remonte, redescend indéfiniment, de ravines e
n ravines, et n’en finit jamais. Il faut surveiller le sol en permanence, mais avoir aussi un œil en l’air ; De nombreux troncs torturés étant penchés à hauteur de tête.
Vendredi 23 octobre : Hellbourg : 71km : 11h21’
Après le gîte de Bélouve, je fonds sur Hellbourg que j’atteints après13h21 de course et avec 30’ d’avance ! (pour mes 43h) j’ai bien repris. La descente a été facile et les acclamations d’un public nombreux dans le dernier km m’ont vraiment bousté ! Même les automobilistes baissent les vitres pour m’encourager ! Le Grand Raid, c’est le Sport national à La Réunion. Les raideurs sont tous des héros !
Je passe un coup de fil à François qui m’apprends qu’il est à Mare à Boue avec Florence qui a des ampoules, mais qu’ils vont repartir. Tout le reste de l’équipe est repartie. Je suis rassuré. Je ne parle pas de l’enfer de Bélouve, ne tenant pas à les décourager. Je contacte également Alain ; Il est dans la descente sur Hellbourg à environ 20’. Je décide donc après m’être ravitaillé, de me faire masser en l’attendant pour faire le point. De toutes façons, ça ne me fera pas de mal avant d’attaquer le terrible Cap Anglais.
Il arrive pile à la fin de mon massage. Il est en bonne forme, je repars donc, sachant qu’il ne tardera pas à me rejoindre dans l’ascension. Il me rejoindra effectivement assez rapidement. Je monte régulièrement, à mon rythme, comme toujours. Le temps est couvert et ce n’est pas plus mal. Alain finit par repasser devant,
mais quelques minutes plus tard, à quelques encablures du Gîte du Piton des neiges, je le retrouve assis sur un rocher, victime à nouveau de problèmes digestifs. Il m’explique que çà lui arrive à chaque fois qu’il veut aller plus vite. Il décide de se reposer en attendant que çà aille mieux. Je repars donc en pensant le retrouver à Cilaos, vu qu’il descend plus rapidement que moi.
Vendredi 23 octobre : Gîte du Piton des Neiges : 81km : 15h12’
J’arrive au gîte en 17h12’25" sous le soleil. C’est la mi course, du moins en distance ; J’aurai monté ce Cap Anglais d’une seule traite !
Au gîte, je reprends de l’eau, un verre de soupe, un petit morceau de barre énergétique et un gâteau sec, un verre de coca-sel le tout en 3’. Je repars aussitôt pour Cilaos, par une rude descente de 6 km, que je connais bien. Elle est ponctuée de nombreuses marches en bois, parfois glissantes, car la brume est apparue avec un fort taux d’humidité. De nombreux coureurs arrivent cassés au Bloc, où l’on rejoint la route. Pour moi, c’est très bien passé et je courre facilement les 3km de bitume pour atteindre le stade de Cilaos.
Vendredi 23 octobre : Cilaos : 90km : 17h06’
A nouveau, automobilistes et public nombreux m’encouragent généreusement jusqu’à mon entrée au stade. J’aperçois tout le Groupe de supporters, Maryvonne, Annie, Sylvie, Marie, Nathalie, Catherine, Michelet et Colette, Fétéa et Hélène courent pour
me filmer, Maryvonne m’accompagne quelques foulées. 19h06’ de course, j’ai 15’ d’avance sur mes prévisions.
Maryvonne et toutes les filles me retrouvent sur la pelouse, derrière une barrière de filets. Tout en discutant, Je récupère mon sac d’assistance. Hélène filme, Maryvonne et Fétéa prennent des photos de "la star de l’instant", je change de tee-shirt, chaussettes et par prudence, mets des piles neuves dans ma lampe. Je m’étire un peu. Je prends des nouvelles des uns et des autres grâce aux épouses présentes. Lulu, victime de ses adducteurs a abandonné à Hellbourg. Je suis triste pour lui ! Il doit en avoir gros sur le cœur. Ca ne va pas être facile pour rejoindre le groupe des supporters à Cilaos. En fait, une épou
se de coureur le prendra en charge pour le rapatrier. Une chance dans son malheur !
Alain a pris du retard en dormant un peu au Gîte du Piton des Neiges. Il aura pu ainsi récupérer. Peut être le reverrai je avant de repartir, surtout que je pense me faire masser par Julien , mon neveu, après m’être restauré.. Tous les autres seraient à Hellbourg, mais assez limite par rapport aux barrières horaires, ce que je n’aurais pas imaginé. Ils payent le durcissement de cette diagonale ! S’ils arrivent tous à Cilaos, ça devrait passer. Tout ça me perturbe un peu !
Je vais manger, poulet et pâtes à peine tiède avec du coca. C’est fou ce que j’avale de coca, alors que j’en bois rarement hors course. Mais là, c’est bon pour réguler la digestion. Effectivement, je n’ai aucun souci depuis le début, malgré les variations de température. Je prends un verre de soupe chaude et quitte le Poste. Je ne suis resté que 45’, mais comme je vais me faire masser par Julien, je vais perdre beaucoup plus de temps. Il a installé sa table de massage en bordure de sentier à la sortie de Cilaos. Il m’attend, en compagnie de Céline, sa compagne, Kiné. Gérard, mon beau frère est présent égal
ement. Il prend le départ du semi raid demain matin. Maryvonne et Annie nous rejoignent. Céline et Julien me massent ensemble, chacun une cuisse, un mollet ; Je me détend et me laisse bercer !
Le temps passe et je songe à repartir ; je n’arrive pas à joindre Alain. La nuit tombe, il faut y aller. Je suis resté plus de 50’, c’est énorme, mais bon, ce devrait être le dernier massage, sauf souci. Je pars en compagnie d’un autre concurrent, que je laisse filer car il va plus vite que moi. Je m’enfonce seul dans la nuit, sur le sentier de Cascade Bras Rouge, longue succession de montées et descentes pendant 8km, jusqu’au pied du Taibit.
Vendredi 23 octobre : Pied du Taibit : 97km : 20h37’
Arrivé au poste, grosses acclamations d’accueil, c’est sympa, surtout la nuit. Je prends de la soupe chaude, un gâteau sec et de l’eau. Je m’attarde un peu au téléphone avec des supporters de Poitiers, lorsqu’arrive Alain. Il est parti 8’ après moi de Cilaos. Comme je suis sur le départ, nous nous donnons rendez vous à Marla. Je compte y dormir une heure, afin de traverser le Cirque de Mafate dans de bonnes conditions. Alain pense qu’il y dormira peut être aussi.
Je repars donc seul à l’assaut de ce col mythique du Taibit. Quelques concurrents me doublent de temps à autre, mais je reste à mon allure, comme toujours. Je m’attendais à ce qu’Alain me rejoigne avant le sommet, mais il ne me rattrape que dans les derniers lacets de la descente sur Marla . Nous passons le contrôle ensemble et ne nous quitterons plus !
Vendredi 23 octobre : Marla : 103km : 23h25’
Un bénévole nous accueille à l’entrée du site, et après s’être soucié de notre état, nous conseille de ne pas tarder ici, car il fait très froid. Mais comme nous souhaitons dormir 1 heure, nous passons outre se conseils. Nous allons d’abord prendre de la soupe chaude et surprise, nous sommes interpellés par un ami de Poitiers, bénévole sur ce poste ; Christian Touret ! Retraité de la gendarmerie, il vit la moitié de l’année à la Réunion. Après quelques mots et 2 verres de soupe, nous nous dirigeons vers les tentes dressées.
Avec du mal, nous récupérons une couverture, mais pas de place. Qu’importe, j’enfile mon tee-shirt thermic, et nous nous allongeons sur une bâche plastique tendue, à même le sol dans l’allée d’une des tente, au pied d’autres dormeurs.
Serrés l’un contre l’autre, recouverts de la couverture, le sac à dos en guise d’oreiller, nous essayons de trouver le sommeil, malgré le froid et la musique tonitruante d’un groupe local.
Un peu plus tard, des raideurs, reprenant le sentier nous proposent une 2ème couverture. Chacun la nôtre ; C’est le grand luxe !
Après une heure d’un sommeil chaotique, le réveil du téléphone nous invite à quitter notre somptueuse couche ! Déjà !
Je tremble comme une feuille, je grelotte et n’arrive à me réchauffer qu’après un autre verre de soupe. Nous repartons rapidement sur le sentier rocailleux qui descend à la Rivière des Galets et je me réchauffe assez vite. Nous allons à bonne allure, lorsque ma cheville tourne, et je fais un tour complet sur moi-même. J’arrive à me rattraper, mais une violente douleur m’oblige à sautiller. Bien sûr c’est la cheville affaiblie par mon entorse de la fin de l’été. Nous continuons malgré tout et la douleur s’estompe. Une chance !
A la rivière, nous hésitons et trouvons un passage en sautant de rocher en rocher, avant de reprendre le sentier en direction de Trois Roches.
Samedi 24 octobre : Trois Roches : 106km : 1h54’
Accueil sympa, comme d’habitude, mais il fait froid et nous ne nous attardons pas trop. Le plein d’eau, coca sel, deux gâteau secs, un verre de soupe et c’est reparti.
Nous devons retraverser la rivière, et là, hésitation ! Une corde est tendue sur celle-ci, mais le passage en dessous est pratiquement impossible ; de galets en galets, nous essayons d’éviter le bain de pieds. A une foulée du bord, je finis pourtant par plonger un pied !
Un peu plus loin, il faut à nouveau jongler dans une zone marécageuse et vlan, je trébuche, le 2ème pied est immergé ! je me rattrape et retombe sur mon bâton de course emboitable "maison" et le casse.
Alain me prête son couteau, et je le retaille pour le ré-emboiter. Il me conseille de changer de chaussettes, puisque j’en ai une paire de rechange, mais je néglige le conseil, pourtant logique. Mal m’en a pris puisque j’attraperai des ampoules, moi qui n’en ai jamais (à part une petite lors du MDS, et déjà par négligence)
Nous reprenons le sentier en direction de Roche Plate, celui là même où j’avais eu une grosse défaillance en 2007. Cette fois, ça passe bien, mais au début c’est galère, pour éviter l’eau car nous progressons sur un sentier qui se confond avec un ruisseau. Il faut sans cesse sauter de pierre en pierre. Nous prenons de l’altitude et les conditions s’améliorent. Nous redescendons, remontons, redescendons, remontons, redescendons, pendant 5km pour finalement atteindre l’ilet de Roche-Plate où l’accueil, une fois de plus irréprochable.
Samedi 24 octobre : Roche Plate : 111km : 3h54’
Les jeunes femmes, préposées au ravitaillement sont aux petits soins pour nous. Recharge en eau, coca sel, gâteau sec, verre de soupe chaude. Nous tardons un peu, mais avons mis de côté le chrono. Vu les difficultés rencontrées, notre objectif est désormais de terminer sans prise de risque et blessure ; ce serait trop bête, alors qu’il ne reste plus que 50km ! Et puis, sauf problème, nous devrions malgré tout arriver dans les 45h, mon estimation maximale.
Avant de repartir, nous demandons au contrôle informatique la situation des copains. On nous renseigne bien gentiment et nous apprenons l’abandon de Florence et François. Cela nous affecte beaucoup ! Que s’est il passé ? Est-ce les ampoules de Florence, ses contractures aux cuisses ? les problèmes de pied de François ? la fatigue, le mental ? C’est vrai que cette édition est vraiment hors norme !
Nous repartons et épiloguons sur les chances des autres copains. Pour le moment, ils sont encore en course. Est ce qu’ils tiendront ? s’ils restent ensemble, ils peuvent se soutenir, mais aussi se retarder ! nous parlons des uns et des autres et leur trouvons à tous l’aptitude à terminer, sauf si ??? les genoux de Gérard, la contracture de Pascal ? mais ils ont un mental d’enfer ! etc, etc … Qui tire l’un, qui tire l’autre ?
Nous montons rapidement à la brèche ; Le précipice en dessous est impressionnant ! C’est vertigineux, mais que c’est beau aux premières lueurs !
Nous replongeons vers le bas.
Finalement le jour se lève, alors que nous sommes au fond du cirque. Des pics rocheux, vertigineux, moussus se dressent tout autour de nous, la rivière étranglée dans le fin fond. A ce moment, des milliers de piaillements d’oiseaux qui s’éveillent, nous étourdissent. C’est beau et oppressant à la fois ! Impressions bizarres, c’est comme dans un film fantastique ! Le soleil nous réchauffe dans la remontée des Orangers, le silence revient. Sur le plateau, le sentier s’aplanit et nous pouvons courir jusqu’à l’Ilet aux Orangers.
Samedi 24 octobre : Ilet aux Orangers : 116km : 5h36’
Ravitaillement en eau, coca sel, gâteau sec, verre de soupe, le scénario est immuable, je ne change rien. Nous nous renseignons, rien de nouveau pour les copains, c’est bon signe ; Alain en est sûr ; Si Pascal est reparti de Cilaos, il arrivera !donc, pas de souci. Ils devraient tous arriver, puisque, à priori, ils sont ensemble ! J’ai un peu mal sous les pieds ; Après vérification, j’ai des ampoules en formation, et les chocs incessants sur les rochers ont l’air de me provoquer une inflammation sur les coussinets en arrière des gros orteils. je verrai plus tard, je remets les chaussures et après quelques étirements, nous repartons pour une longue descente, ponctuée de quelques remontées. Nous alternons course et marche rapide, suivant la topographie des lieux. Nous prenons même le temps de prendre des photos sur les passerelles qui surplombent des à-pics vertigineux.
Après des tours et des contours, nous rejoignons le croisement du sentier d’Aurère que je connais assez bien. Cela signifie que nous allons enfin attaque l’ultime descente sur Deux Bras. Mais en bas, nous sommes encore loin du poste. Nous devons traverser plusieurs fois la rivière. Je suis agréablement surpris ; Des blocs de rochers sont bien rangés pour ces traversées successives, et nous pouvons courir et sauter sans problème, bien que je ressente un peu les pieds.
Samedi 24 octobre : Deux-Bras : 126km : 8h17’
Sur l’avis d’Alain, nous ne devons pas trop nous attarder sur ce 2ème gros poste de l’épreuve, puisque nous allons bien. Ce peut être l’occasion de regrapiller quelques places et quelques minutes bien sûr. Nous en sommes à 34h17 de course .
Finalement, nous nous y sentons bien à ce poste ! Tout le monde est aux petits soins pour nous ! Les bénévoles vont même chercher nos sacs d’assistance et nous prient de nous asseoir,
D’autres nous préparent et nous apportent un copieux carry ! Nous en sommes même gênés, mais nous nous adaptons ! Tout juste si je ne me fais pas réprimander pour avoir rapporté mon assiette vide ! il paraît que ce ne sera pas ainsi pour tous d’ici quelques heures !
Enfin, pour nous, c’est le pied, nous sommes tombés sur une équipe formidable ! Où alors c’est dû à notre charme naturel ! On peut bien rêver !!!
Quoiqu’il en soit, après avoir soigné nos pieds, crème nok, chaussettes propres, quelques auto massages et étirements, nos sacs ont été gracieusement reportés à leur place tandis que nous faisions notre plein d’eau en vue de la dernière grosse ascension à flan de falaise de la course "la montée de Dos d’Âne"
Après 38’ d’arrêt, nous quittons donc Deux-Bras. Il ne reste que 36km, mais ce sera en pleine chaleur !
Alain, dans la foulée, je donne le rythme, lacets après lacets. Heureusement ce n’est pas très technique, mais ça monte dur ! Justement à un passage un peu plus technique, Surprise !
Je tombe nez à nez avec Axel ; Il s’en est écoulé des heures depuis notre rencontre de la veille au Piton Textor. Il a le temps de prendre une photo et nous repartons ; Il fait chaud, mais heureusement, il y a quelques passages à l’ombre. Une échelle, quelques câbles, histoire de corser un peu la montée ; Une file se forme derrière nous. Nous sommes bientôt une bonne vingtaine ! personne ne veut passer. Le rythme convient bien à tous !
De temps à autre, un raideur venu de l’arrière passe à grande vitesse. Bizarre ! nous reprendrons par la suite ces concurrents aux allures farfelues !
A Dos d’Ânes, petit ravitaillement et c’est la super descente hyper technique vers la Possession, que j’avais reconnue avec Gérard une fois et avec Florence, François et Didier une autre fois. Alain est surpris ! mais plus à l’aise que moi. J’ai même du mal à m’accrocher ; il va bien l’animal ! Après une petite remontée tout aussi technique, c’est ensuite une longue redescente rocheuse et racineuse vers la Possession. Il fait une chaleur étouffante. Nous alternons course et marche, mais c’est dur. J’ai quelques moments de lassitude ; J’ai même les yeux qui clignotent ! Ce n’est pas le moment de dormir debout ! Une mauvaise réception sur les énormes cailloux et c’est la chute assurée ! Nous arrivons enfin par des chemins tracés à l’arrache dans des propriétés privées, au poste de La Possession. Il y a foule et nous avons même des difficultés à trouver le poste de pointage. C’est assez confus et mal fléché!
Samedi 24 octobre : la Possession: 142km : 13h48’
Nous avons besoin de nous asseoir un peu ! 39h48’de course. Je trouve Alain aussi marqué que moi, mais, en quelques minutes, tout est redevenu en ordre. De l’eau fraiche, du coca sel, deux gâteaux secs, quelques fruits secs, une petite frénésie à boire et grignoter !
Quelques appels téléphoniques, dont ma fille Céline qui m’informe de temps à autre de la situation à l’arrière ; Avec Clément mon gendre, ils suivent tout de près ! Alain est aussi renseigné par son épouse Sylvie. Nous savons donc que tout va bien pour les potes encore en course.
Après nous être refaits une petite santé et le plein d’eau, direction la Grande Chaloupe par le Chemin des Anglais. En pleine chaleur, c’est un morceau ! 5km de pavage inégal dont 3 longues montées ponctuées de 2 descentes pour traverser 2 ravines. Au début, tout a bien, mais c’est de plus en plus inégal, pour ne plus savoir où poser les pieds dans la dernière descente. Arrivé à grande Chaloupe, Alain est exténué par l’énergie déployée pour garder la concentration.
Samedi 24 octobre : Grande Chaloupe : 147km : 16h05’
Quelques minutes de récupération, Alain va mieux . Nous nous ravitaillons, coca sel, gâteau sec, morceau de barre énergétique et plein d’eau.
Un attroupement se forme ! C’est le second du Semi-Raid qui arrive. Impressionnant. Il repart avant nous.
Nous repartons, mais à distance. Nous n’allons quand même pas le suivre !!! Nous reprenons le chemin des Anglais. Nous savons à présent que nous flirterons avec les 46h. Mais qu’importe, le principal maintenant est d’arriver. Ce sera la dernière montée, pratiquement 10km et 800m de dénivelé. Après un début assez raide, la pente devient assez régulière. Alain accuse le coup et me dit de partir ! Il délire ! Il nous reste une quinzaine de km et nous franchirons la ligne d’arrivée, main dans la main ! nous n’avons pas fait tout ce chemin ensemble pour nous quitter maintenant ; De plus d’avoir couché tous les deux, ça crée des liens !!!!!
Quelques minutes plus tard, il va mieux et c’est lui qui impose le rythme ! St Bernard, puis 3 km de route et enfin le sentier qui nous amène à "la fenêtre". La nuit nous prend et nous sortons la frontale ; Nous en profitons pour enfiler le débardeur de l’organisation, obligatoire pour franchir la ligne d’arrivée. Alain repart, il a des ailes et je suis obligé de forcer pour le suivre à distance. Le sol est très racineux, le choc sous les pieds me fait mal et je veux assurer.
Enfin, nous fondons à bride abattue sur le Colorado où nous ne nous arrêterons que quelques secondes.
Samedi 24 octobre : Colorado : 157km : 19h04’
Nous sommes 512 et 513ème ; Ce serait bien de rentrer dans les 500 ! Déjà quelques places gagnées en repartant aussitôt.
A l’amorce du sentier, le téléphone sonne. Depuis la nuit tombée, je ne réponds plus, mais là, je décroche avant d’entamer la dernière rude descente. C’est Catherine qui veut nous encourager. C’est toujours sympa, ces petits encouragements, mais il faut raccrocher car la pente s’accentue et Alain a des fourmis dans les jambes. J’ai d’autres appels, mais ne décroche plus ; D’ailleurs, c’est trop dangereux. J’aperçois des lueurs plus bas et ça me donne des ailes. Nous accélérons et doublons, un puis deux, puis plusieurs concurrents. Nous sautons les rochers, nous ne voyons plus le danger, que des lueurs à rattraper. Alain me demande de lever un peu le pied. Emporté par l’euphorie et l’esprit de compétition qui reprenait le dessus, je ne m’étais pas aperçu qu’il avait besoin de souffler un peu. De toutes façons, nous avions doublé assez de concurrents pour relever notre dernier défi "top 500"
C’est donc plus tranquillement, ou presque, que nous arrivons aux dernières rampes. François nous encourage. Il est là, c’est super, puis Sylvie, l’épouse d’Alain, Florence….
Nous filons, le tunnel, la route … C’est la foule, nous avons du mal à frayer notre chemin. J’aperçois Fétéa ! Elle est surprise de ne pas nous avoir vu arriver et part devant nous au sprint pour prévenir Hélène qui doit filmer notre arrivée. Nous avons du mal à ralentir pour lui laisser un peu d’avance. Nous sommes portés par les encouragements et le délire d’arriver.
Samedi 24 octobre : ARRIVEE STADE DE LA REDOUTE : 162km : 20h16’
Sur la piste, c’est le bonheur ! Nous sommes obligés d’attendre pour passer la ligne d’arrivée, un groupe de quatre coureurs est arrêté sur celle-ci pour une prise de photos. Nous attendons notre tour. nous nous embrassons, Alain et moi, émus !
Maryvonne, Fétéa, Annie, Lulu, Florence, François sont tous là ; quelle émotion ! Hélène filme ces instants mémorables ! Lulu a la larme à l’œil de joie pour nous ; Flo pleure aussi, Joie et peine à la fois sans doute ! Joie pour nous et frustration pour elle ; ce doit être très dur !
Nous revêtons le tee-shirt , finisher "J’ai Survécu", la médaille souvenir et… c’est déjà fini ! nous sommes arrivés !
492 et 493ème en 46h16’38"
Tout le monde est aux petits soins pour nous. Je suis en train de prendre un vrai gros repas lorsque Gérard, mon beau frère termine son semi-raid nommé désormais "Trail de Bourbon"17ème et 1er V2 !!!! la classe !
Le lendemain , ce sera le même scénario à l’arrivée de nos 5 compagnons, Daniel, Didier, Pascal, Gérard et Jacky. Ils arriveront main dans la main en 63h03" et pleurerons tous en passant la ligne. Ils me feront même monter les larmes aux yeux !
Félicitations à tous pour avoir relevé ce défi, finishers ou non. Lulu avec ses adducteurs, n’a pas a démériter. Florence et François, exténués physiquement et mentalement n’on pu trouver la ressource morale pour repartir. Il aurait fallu de peu, mais la course est ainsi faite ! S’ils s’étaient trouvés au même moment avec les autres copains, ou des supporters, pour les soutenir à l’instant fatidique, le cours des choses serait peut être inversé ?
Peut être, tenteront ils à nouveau le défi ?
Peut être une nouvelle équipe ?
Et peut être, sans doute même, sauf évènement impondérable, tenterai je à nouveau le défi à leurs côtés ?
Pourquoi pas en 2012 pour le vingtième anniversaire de cette Diagonale des Fous ???
Mais en attendant Grosse victoire de tous pour avoir récolté plus de 3500 euros pour
TAXI-BROUSSE FISAKAISANA
