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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 17:05

HAPPY END
2005 : Randonnant sur les sentiers Réunionnais avec Thierry Z un copain de longue date, nous sympathisons avec Christian et Maryvonne en pèlerinage sur le grand Raid 2002.


Nous écoutons avec envie Christian raconter sa Diagonale le soir au gîte. Thierry Z s'imagine déjà sur une Diagonale en sa compagnie. Moi, coureur du dimanche venant de traverser Mafate, je me dis qu'il faut bien être fou pour envisager pareille aventure. Je me laisse cependant convaincre pour le marathon de Paris et je verrai...sauf que les inscriptions à la Diagonale débutent avant ce marathon, bref je finis par m'inscrire à la Diagonale 2007. Maintenant, il va falloir s'y préparer...
ds_DIAGO-000--13--Thierry-1.jpgJ'aime les défis, me voilà servi. Christian me conseilla et me donna confiance. Je savais que je m'engageais pour l'impossible mais avec la ferme intention d'aller au bout. Ce fut trois semaines formidables passées à la Réunion et mon début réussi en ultra trail.


Fort de ce succès, j'ai poursuivi avec l'UTMB 2008, la TRANS AQ' 2009, le MDS 2010. De toutes ces courses, le moment le plus émouvant reste la signature en 2007 du registre permettant de récupérer son dossard.


2008: début d'un conflit d'Haglund causant une sorte de tendinite plus ou moins gênante à la cheville gauche. Pas de rémission possible sans opération.

 

2012: une saison d'hiver à chercher en vain à progresser sur route et toujours cette blessure de plus en plus gênante. J'ai retrouvé Christian et les amis du PEC sur le Grand Trail de Stevenson pour préparer la Diagonale 2012. Dur, très dur, j'ai compris alors que cette Diagonale était peut-être la course de trop. J'allais sans doute gâcher mes plus beaux souvenirs. Néanmoins, je suis reparti ultramotivé, le plus important pour terminer un ultra-trail. C'était début juillet il n'y avait plus de temps à perdre.


La Diagonale pour un coureur comme moi c'est quoi ?

Une randonnée rapide de 170km hyper accidentée, 10 800m de dénivelé. Ça va prendre 3 nuits et 2 jours. Il faut des jambes solides, de l'endurance, préparer les pieds et avoir le nécessaire dans son sac sans se surcharger. Partant de ce constat, j'ai beaucoup marché, privilégié les sorties longues, mélange de vélo et course à pied et avalé le plus de dénivelé possible. Pas de fractionné traumatisant pour ma cheville. La spécificité est un principe essentiel de la préparation.

 

Ma coursegrand-raid-2011
Après une bonne heure d'attente pour passer le sas du contrôle, j'ai perdu les copains. Les sacs de ravitaillement promis la veille :  "y'en a pas mais si vous voulez vous pouvez fermer les vôtres à l'aide de scotch" ! Le ravitaillement ? rien de tentant. Le petit pipi d'avant course, essayer de retrouver les autres, peine perdue y a trop de monde et il faut maintenant avancer pour essayer de ne pas perdre trop de temps au départ. J'aperçois alors Thierry Z, super on est deux ! Continuer à avancer ; Christian est certainement devant avec les autres mais rapidement on est bloqué, ça bouscule. Je m'asseois il reste plus de 30mn avant le départ. 

 

  Enfin libre, le départ est donné. L'aventure commence... Ça bouscule, on double, on nous double bien sûr tout le monde veut éviter de se faire coincer dans la montée du volcan. Ça va trop vite mais tant pis, il faut rester placé. Un peu de pluie c'est bien ça va rafraîchir! Un peu plus tard Christian nous double, il n'a pas pu s'avancer au départ. Il nous a certainement cherché trop longtemps, bonne route à lui. Enfin nous attaquons les pentes du volcan. Thierry Z a ralenti, je suis seul, je rentre dans ma bulle, gérer ma course, le reste ne m'intéresse plus. Il pleut fort, nous sommes trempés,
Heureusement coupe vent et sous peau sont à l'abri dans un sac plastique, ça piétine, ça essaie de doubler, il y a de la tension. Tiens, quelque chose vient de tomber de mon sac, le coupe vent, erreur de jeunesse j'aurais du mettre les fermetures sur le côté et pas sur le dessus, le sac s'est ouvert tout seul, pas sympa le mec derrière il aurait pu me le signaler.

 

J'enfile mon coupe vent et referme le sac tout en marchant, c'était le bon moment, nous arrivons doucement vers le sommet, le vent souffle, il commence à faire froid. Ravitaillement de Focfoc, une bonne soupe, j'enlève les graviers de mes chaussures, il pleut toujours, ne pas traîner dans le froid. C'est reparti. La capuche restreint mon champ de vision. Levant la tête j'aperçois une ligne de frontales à une centaine de mètres sur ma droite, j'ai pris une mauvaise trace. Je commence une courbe du chien pour revenir vers les autres et m'enfonce dans du gravier, encore plein les chaussures! Tant pis ça attendra. La raison l'emportant, je finis par me déchausser sur le bord du sentier.

 

Mare-a-boue-2.jpg

Mare-a-boue-1.jpg

Mare à Boue : content de retrouver les militaires, il pleut toujours, il fait froid, je mange et me réchauffe. Repartir de suite ? Quel temps fait il ? Il pleut fort, c'est la levée du jour, il fait froid. Un petit tour sur un lit de camp en attendant le soleil ? on peut rêver ! Même le lit est trempé n'empêche 30 mn ça me fait du bien, nous allons retrouver le soleil, eh bien non il va falloir prendre soin de soi et garder le moral. J'ai déjà les entrecuisses à vifs et les pieds souffrent. Seule bonne nouvelle un bénévole annonce du beau temps à Cilaos. La montée dans la boue encore de la boue, ça glisse, la pluie a cessé. Au gîte du piton des neiges, je change de chaussettes, graisse mes pieds, c'est reparti.

 

Cilaos : prendre son temps sans traîner. Une bonne douche pour commencer, graissage des pieds ; Une fois changé une nouvelle course commence ! Direction la cantine, "reste de rougail saucisse, sinon du poulet d'ici 10 mn" va pour les restes, repas frugal mais bon choix car quand le poulet est arrivé tous les coqs lui ont sauté dessus, belle pagaille ! Quelques étirements, je m'apprête à repartir quand Jean-Claude de Compiègne me propose de faire route avec lui, il a oublié sa frontale à un ravitaillement. Ayant une frontale de rechange dans mon sac de support de Cilaos, je retourne aux sacs et nous partons. Sur la route, il retrouve sa compagne qui a acheté une frontale, bisous bisous ça y est on est reparti pour de bon, la nuit tombe. Après le petit ravitaillement sur la route au pied du Taibit, je repars seul pour l'ascension restant calé derrière un groupe pour la fin de la montée. Dans la descente vers Marla mes jambes vont bien. Marla où en 2007, sans la bienveillance d'un bénévole, j'aurais abandonné victime d'hypothermie, là je suis bien. Col de Fourche puis sentier Scout ce serait bien de dormir mais pas de place, il faut attendre. Attendre et prendre froid mieux vaut continuer vers Ilet à Bourse.

Oui mais il faudra dormir sur une bâche, l'humidité est tombée, "pas de couverture sauf les couvertures de survie, je vous préviens il fait froid". Très bien. Passé les premières minutes de bonheur, le sol est quand même dur, j'ai du mal à trouver une position confortable, une couverture de survie c'est bruyant, mon voisin n'apprécie pas et me le fait savoir. Soudain il s'agite victime d'une crampe mdr ! Puis il finit par se lever et repart en râlant. J'ai froid, je ne parviens pas à dormir, repos raté.


Grand Place les Bas, le jour se lève, il va faire beau et chaud. Je vais essayer de passer le Maïdo avant la forte chaleur sauf que je ne me sens pas si bien que cela. Je peine à rejoindre Roche Plate, je bois beaucoup et je suis à sec au ravitaillement, ça promet pour le Maïdo. Je me repose un peu. Il me faut du salé, j'avale un stock de Tuc et je bois.
En route pour le Maïdo, il fait chaud et ce que je craignais arrive. Les jambes vont bien mais le coeur s'emballe, incroyable je n'arrive pas à réguler mon effort, je suis à la dérive, pas d'autre choix que faire des pauses, éviter le malaise et arriver au-dessus. Conseil d'un bénévole, rester le long de la paroi. Quelle idée de décaler le ravitaillement à plusieurs centaines de mètres du sommet ! Evident pourtant, pour la tranquillité.


Direction Sans Souci mais toujours pas bien , dès le moindre dénivellé ça recommence.

J'envie un Réunionnais allongé sous un arbre et si je faisais comme lui ? C'est fait j'ai trouvé un endroit à l'ombre avec de l'herbe bien grasse, il fait bon quel bonheur. Je pense d'ailleurs qu'il nefaut pas hésiter à prendre de courtes pauses sans doute plus profitables que chercher à dormir coûte que coûte.

Repartant doucement, je décide de faire l'effort de suivre quelqu'un qui alterne marche et course sur cette portion roulante et descendante, la forme revient.

Je rejoins Rivière des Galets Halte Là à un bon rythme et demande mon classement. Heureuse surprise je suis 494ème. Je vais me laver les pieds au robinet, détend mes pieds dans l'herbe, graissage pas encore d'ampoules mais c'est pour bientôt, changement de tenue, riz poulet sans oublier mes noix de cajou enfin un vrai repas, quelques étirements le tout dans l'heure que je m'accordais. Sauf blessure je terminerai. Mon objectif à présent est de terminer dans les 500 même si avec ce repas j'ai reperdu pas mal de places. Deux repas seulement en deux jours, s'en priver serait une erreur.

 

ds_chemin-des-anglais-Thierry.jpg


Chemin Ratineau, début de la 3ème nuit. Content de voir le Moineau à la Possession, un petit bisou. Le long de la nationale de nombreux coureurs se reposent et se restaurent grâce à leur assistance perso. Et me voilà sur le Chemin des Anglais de nuit quelle galère ! Je me tords les pieds, début des ampoules et concentration pour éviter la chute. Surpris, deux gazelles du trail Bourbon m'ont dépassé en trottinant et discutant, pour elles c'est la promenade des Anglais! J'arrive à la Grande Chaloupeds CIMG2400 épuisé nerveusement par ces pavés. Trop c'est trop, direction le lit de camp, fermer les yeux, décompresser, «à quelle heure je vous réveille ?» Je reste très peu de temps mais si je m'endors, laisser moi dormir. Je préviens le Moineau que je me repose. 30 mn plus tard la forme est là ;  Direction le Colorado, je remonte au classement. En fait, je ne vais pas plus vite je dépasse soit des coureurs blessés soit des coureurs épuisés car cette Diagonale est particulièrement longue. Colorado objectif atteint, un coup de fil au Moineau pour lui annoncer mon arrivée, assurer la descente vers la Redoute, je suis heureux, c'est mon dernier ultra à 55 ans, ce n'était pas la course de trop, 448ème au classement mieux qu'en 2007 et 52h56mn.


La Diagonale reste pour moi la plus belle des courses pour la beauté des  paysages et la gentillesse des Réunionnais.


HAPPY END

DIAG0 0001 (56) Thierry 2


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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 20:53

RECO et PREPA à La REUNION pour "DIAGONALE DES FOUS 2012"

Album photo de mes Randos-Trails de préparation ainsi que des reconnaissances d'une partie du circuit de la Diagonale 2012.

° Rando-Trail : Hell-Bourg- Piton des neiges aller/retour avec Gérard Racinne

° Rando-Trail : Saint-Joseph- Roche-Plate aller/Retour avec Gérard Racinne

° Rando-trail : le Dimitile par le sentier Bayonne avec Gérard Racinne et Clément Dominget

° Reconnaissance Rando-trail sur 2 jours : Cilaos-Mafate- Sans-Souci par le Taîbit, Marla, Sentier Scout, Grand-Place, Roche-Plate, Maïdo, avec Gérard Racinne, Clément Dominget, Thierry Lambert, Thierry Zerbini

° Reconnaissance Rando-trail : Sans-Souci, La Possession par Rivière des galets, Chemin Ratineau avec Thierry Lambert, Thierry Zerbini et Vincent Hulin

 

 

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 14:10

Comme le disent Kilian Jornet ou Emilie Lecomte, vainqueurs de la Diagonale ds Fous 2012 , Le Grand Raid de la Réunion "La Diagonale des Fous" est le plus beau des Ultras, où l'on rencontre une ambiance phénoménale que l'on ne trouve nulle part ailleurs, sur aucun autre Ultra  !!!

Pour moi, c'est sans doute le plus dur   auquel j'ai participé , mais c'est  indéniablement le plus magique, le plus épique et le plus beau !!!

Le seul que tout Trailer doit vivre au moins une fois dans sa vie !!!

Le summum de l'Ultra, c'est bien "LA DIAGONALE DES FOUS " !!!

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 21:26

  Trois semaines déjà. A cette heure j’étais encore en course, en train de sortir du cirque de Mafate par le Maïdo, confiant dans mes chances d’aller au bout de ce Grand Raid de la Réunion sachant que le dernier gros obstacle était franchi, mais il allait falloir passer une troisième nuit à courir. Courir ou marcher, sans doute plus marcher que courir, comme tout au long de ce parcours. 

Trois semaines qui ont été nécessaires pour que l’envie de raconter soit suffisante et que je me mette devant mon clavier, pour que je retrouve le souvenir de ces 64 heures et cinq minutes de course qui m’ont été nécessaires pour arriver au stade de la Redoute, à Saint Denis, au bout des 170 km et des 10 845 mètres de dénivelé positif annoncés par les organisateurs, 2 h 30 avant le temps limite, 1237ème et 15ème de ma catégorie des V3, les sexagénaires. 

64 heures ! C’est, après un départ au Cap Méchant, tout au sud-est de l’île, au niveau de la mer, le jeudi à 22 heures, une nuit pour grimper sur le haut de la zone volcanique (2 350 m.) et y voir se lever le jour dans les nuages et sous la pluie. Puis la journée de vendredi entre 2 402 m, 1 594 m. à Mare à Boue, la bien nommée, toujours sous la pluie, à nouveau 2 484 m, pour descendre et atteindre Cilaos (1 210 m.) avant l’obscurité. Encore une deuxième nuit pour arriver dans Mafate par le col du Taïbit (2 080 m.), passer, exactement à mi-course, à Marla, cinq cent mètres plus bas, remonter pour, au lever du jour, longer la crête qui sépare ce cirque de celui de Salazie par le col de Fourche (1 930 m.). Ajouter la journée de samedi, sous un beau soleil, mais dans la chaleur, pour plonger jusqu’au fond de Mafate à Grand Place les Bas (560 m.) et en ressortir par le col du Maïdo (2 030 m.) au coucher du soleil. Enfin, une troisième nuit pour rejoindre le rivage à La Possession et voir la ville se réveiller, non sans être descendu par Sans Souci et ses musiques de boîtes de nuit, jusqu’à 120 mètres à La Rivière des Galets, avant de remonter 500 mètres au chemin Ratineau. Terminer et rejoindre Saint Denis, au nord de l’île, par une belle matinée de dimanche, avec encore un cumul de 1 300 mètres de montée.

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Ouf ! J’ai survécu, comme cela est brodé sur le tee shirt donné à ceux qui ont réussi à arriver (51 % des 2750 partants !).

La Diagonale des fous est le premier ultra-trail dont j’ai entendu parler, à une époque où on n’avait pas encore inventé ce qualificatif (et encore moins déposé comme marque...) pour une telle course. Celle-ci fêtant cette année ses 20 ans, ce devait être il y a une bonne quinzaine d’années. J’avais été marqué par ces récits d’une aventure hors normes, traverser l’île sauvage en un peu plus de 130 km à l’époque, et n’imaginais pas qu’un jour je serai au départ.

C’est un peu, pour mes 60 ans, un aboutissement de ma pratique de la course à pieds, d’abord sur route avec une longue série de marathons, un cent kilomètres, puis progressivement dans la nature, des trails de plus en plus montagnards et longs. C’est d’abord Luc, mon frère, qui m’a entraîné sur des trails (en 2004 et 2005, j’avais eu un aperçu de ce type de parcours avec la Gigawatt à l’occasion de missions professionnelles en Nouvelle Calédonie). Ensuite, j’ai profité de l’expérience des copains du Poitiers Etudiant Club auquel je me suis inscrit en 2010. Sans le club, Jacky qui avait envie de refaire cette course, et Christian, notre entraîneur, si attaché à La Réunion et à sa course phare, je n’aurai jamais eu l’audace de m’inscrire. Je les remercie vraiment beaucoup.

Quelles images me restent de cette aventure ? C’est ce que je vais essayer de partager avec vous, sans chercher à vous faire le récit linéaire de ma course que l’on peut retrouver en regardant mes temps de passage aux différents contrôles. La cohue d’avant le départ. Après les embouteillages routiers, bien anticipés par l’expérience de Jacky. La foule serrée, très oppressante, à l’entrée sur le stade. Une petite porte donne accès au contrôle approfondi du matériel obligatoire. Chacun est embarrassé par ses deux sacs d’affaires de rechange destinés à être transportés l’un à Cilaos (72km), l’autre à Savanah, La Rivière des Galets (136km). Beaucoup de tension dans l’attente.

La-Reunion-028.JPGAprès le départ, la foule de spectateurs sur plusieurs rangs applaudissant, hurlant, de chaque coté de la route pendant plusieurs kilomètres. Contraste entre cet enthousiasme extérieur et l’appréhension des coureurs devant ce qui les attend. Je monte au front, volontaire pour la bataille à venir, sûr d’en revenir, soldat inconscient sans doute.

La longue file ininterrompue des coureurs silencieux dans le difficile et étroit sentier qui monte droit dans la pente vers le volcan. Végétation luxuriante, humidité maximale, terrain glissant. L’eau ruisselle. Le bruit des gouttes de pluie. Suivre celui qui me précède. Ne pas m’énerver quand ça bouchonne dans un passage plus délicat ou quand un coureur tente de dépasser pour se retrouver aussitôt coincé. Cela durera près de 6 heures sans que le temps paraisse long. Plusieurs fois, fatigue ou mauvaise appréciation de l’élan nécessaire pour franchir un rocher, je suis en déséquilibre arrière. Vincent qui me suit me pousse les fesses pour m’éviter de redescendre d’un pas. Il me relèvera aussi quand j’aurai basculé dans la végétation, hors du sentier. Merci l’ami. Un peu envieux, je te verrai partir sur le haut, mais je ne veux pas tenter de suivre pour m’économiser et attendre Jacky qui est un peu plus loin.

 Des paysages irréels, mystérieux.

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   Le volcan, cette immense dépression que je devine grâce aux explications de Jacky qui me fait faire le détour par le bord de la falaise pour me montrer ce qui est invisible dans le nuage. Le sol de graviers volcaniques de la Plaine des Sables qui crisse sous nos pas comme le ferait une neige croûteuse.

100_00952-621x349.jpgLa Plaine des Caffres, inhospitalière, d’ailleurs presque inhabitée, ses près d’une herbe épaisse, raide, qu’on devine coupante, entourés de barbelés menaçants, sous la pluie, avec ses chemins boueux et, même en pleine journée, ses concerts de chants de crapauds. Triste. Comme le ravitaillement de Mare à Boue, tentes militaires sombres sous lesquelles, dans des odeurs suffocantes de sueurs humides, nous attendrons en vain que les coquillettes soient cuites pour finalement repartir en ayant seulement avalé un bout de carcasse de poulet et un bouillon clair. Soyons juste, ce sont aussi des bouquets d’arômes sauvages, fleurs de communiants dans cette nature qui nous met bien peu à la fête. 

La plaine des tamarins, de nuit, paysages hantés, arbres bas, tortueux, penchés, auxquels pendent de longs lichens blafards sous le faisceau de la frontale. Ses sentiers de rondins alignés transformés par mon imagination - je me garde pourtant des hallucinations - en traverses abandonnées de je ne sais quelle voie ferrée pourtant toute en bosses et virages. Le ciel, que je m’arrête admirer quelques minutes, allongé sur le dos au risque de m’endormir. Un ciel noir, complètement noir si loin de toute source lumineuse parasite, avec des étoiles en constellations inconnues - nous sommes dans l’autre hémisphère - qui brillent si fort que, pour peu, elles seraient prises pour les lumières des frontales dont, par moments, tout au long de ces nuits, j’aperçois au loin le chapelet mouvant sans être capable de les situer, en dessous, au dessus  

Le passage sur la crête séparant le cirque de Mafate à ma gauche, dont le relief si tourmenté et acéré est déjà éclairé au soleil levant, de celui de Salazie, à ma droite, à l’est, qui reste caché sous une mer de nuages d’un blanc moutonneux que l’on domine.          img_1850_2_.jpg

Les villages, plutôt des hameaux, du cirque de Mafate, où tout à l’air paisible, loin de toute agitation, sortes d’oasis cultivées et fleuries, posés sur de petits plateaux au milieu des parois verticales de roches ou des pentes boisées vertigineuses qui les séparent. Ah, la douceur des pelouses et de l’ombre devant les écoles d’Ilet à Boimg_1860_2_.jpgurse ou de Grand Place les img_1859_2_.jpgBas, points de contrôle et de ravitaillement. Mais aussi la violence de ces reliefs, chemins plongeant au fond des gorges sans autres détours que des lacets si serrés que l’on marcherait presque sur la tête du coureur qui a un tournant d’avance. Il me faudra me faire violence pour m’arracher à la fraîcheur des rivières traversées à gué avec leurs bassins naturels où il doit faire si bon se baigner. Violence du coup de chaleur que je vais subir dans l’ascension, plein soleil, vers Grand Place le Haut. Violence de ces sentiers montants si raides dans le roc, de grosses marches en grosses marches. Violence du soleil qui surchauffe ces parois minérales. Extrême violence de ces précipices à la profondeur insondable que nous longeons. Surtout ne pas essayer de voir, rester concentré sur le chemin et éviter ses embûches. L’un de nous paiera de sa vie de n’avoir pu éviter la chute. 

Le Sentier des anglais. Large voie très pentue, pavée de blocs de lave noire bien ordonnés autour d’une arrête centrale aux dalles un peu plus régulières. On devine le travail exigé pour sa construction mais devenu inutile. En dessous, la voie rapide et son trafic routier si dense défie à la fois l’océan qu’elle longe au plus près et les falaises qui la dominent. Ces falaises que le chemin noir escalade au milieu d’une nature jaune paille desséchée, pour dominer le bleu profond de l’océan. Les couleurs sont fortes sous le soleil encore matinal. Catherine, rencontrée sur le GR 20 en Corse au mois de juin, elle le faisait elle aussi en 5 jours - quelle excellente préparation, merci Alain d’avoir organisé cette virée - et retrouvée plusieurs fois sur la course, me gratifiera d’un pas de danse très Mary Poppins en me dépassant dans la montée. Irréelle dans ce paysage, la coureuse espiègle avec sa jupette et ses couettes.

Diagonale-2012-5298-100x62--1-.jpgLa descente vers Grande Chaloupe offre une autre vision, celle de l’enfer. Les pavés noirs sont déchaussés dans un désordre total, ce ne sont qu’appuis instables. Ce chaos dévalant la pente sur lequel titubent les coureurs, tels des marins ivres, est surréaliste. Et, je frise l’hallucination, cela finit par un moment de repos sur le quai d’une gare désaffectée, ambiance petit train d’antan. Il reste d’ailleurs ce qui m’a paru être une ancienne locomotive ou un wagon, après 58h45 et 156 km de course je ne sais plus, ma lucidité étant déjà bien entamée, alors... L’arrivée sur Saint Denis, presqu’une vue aérienne tant on domine la ville. Le stade de la Redoute, l’arrivée, si petit tout en dessous de nous. Il faudra longtemps pour s’en approcher, le chemin ne descendant pas tout de suite.  

Des moments forts, aussi me reviennent.

  Retrouver Bénédicte et Véro, nos femmes, à Mare à Boue, en fin de matinée du premier jour, sous la pluie, dans le froid. Elles nous aident à enfiler un teeshirt sec, quel confort ! Leur présence sera précieuse, à Cilaos, à Sans Souci, à Savanah, à Grande Chaloupe. Pas de discours, les mots limités à l’assistance, vêtements, ravitaillement. Donner des nouvelles des copains en course. Elles n’osent à peine demander des miennes, mais leurs physionomies disent suffisamment dans quel état elles me trouvent.

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Ce sera pire à l’arrivée, j’ai l’impression qu’elles et les copains voient un revenant d’outre tombe. Mais non, les amis je vais bien et suis heureux. J’apprendrai plus tard que je donnais l’impression d’avoir pris vingt ans...

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Le jour qui se lève à peine à Foc Foc, premier contrôle après l’ascension de la première nuit. Drôle d’ambiance. D’un côté le soulagement d’en avoir fini avec la montée, d’être bien, sans douleurs, de se restaurer d’une soupe chaude, de pouvoir faire le plein d’eau sans en avoir manqué. De l’autre, la vue de coureurs déjà en grande difficulté, visages blêmes, rictus, tremblements, couvertures de survie... Je retrouve Jacky perdu de vue dans le chemin étroit de l’ascension. Je peux parler, d’autant que la piste qui suit autorise de courir de front. Cela fait du bien d’échanger maintenant qu’on est vraiment entré dans cette course. 

Echanger, de simples regards souvent, des mots quelquefois, des conversations plus rarement, avec les compagnons de route d’un instant, d’un moment, perdus, retrouvés. Compagnons de galère ou de moments plus joyeux. Les conversations en Créole que je tente de comprendre. Les plaisanteries avec ce jeune réunionnais qui racontait devant moi à sa mère, coureuse elle aussi, que le médecin ne voulait pas le laisser repartir à cause d’une tendinite et que je retrouve plus loin au poste de secours d’Ilet à Bourse où nous nous faisons soigner l’un et l’autre de débuts d’ampoules. Ces jeunes, habitants de Mafate, qui sont inscrits sur la course et qui me dépasseront comme des flèches plusieurs fois et que je repasse plus loin, arrêtés pour rire et parler entre eux. Ce japonais avec qui j’attends mon tour de passer une passerelle suspendue, un coureur à la fois, et qui sera comme moi à la peine pour gravir la paroi rocheuse de l’autre rive. Quelques signes expressifs suffiront à nous rapprocher. Ces quatre copains bretons qui portent les couleurs de leur région avec qui je vais descendre un grand moment le sentier scout en faisant de savants calculs sur les barrières horaires. Cette fille suivie un moment dans la dernière nuit, à la queue d’un groupe que j’ai rattrapé, elle aussi là pour son anniversaire, le quarantième, dont je ne connaîtrai dans le faisceau de ma frontale que les mollets colorés par les bandes adhésives bleues qui soulagent ses muscles ou ses tendons. Et tant d’autres, avec qui j’ai partagé un moment. Que sont-ils devenus ? Ont-ils été au bout ? Je l’espère pour eux.

img_1834_2_.jpgLes flaques de boue de la plaine des Cafres. Couleur brique le plus souvent. Toujours très glissantes. Eviter d’enfoncer en mettant les pieds sur les côtés du sentier. Glisser et retomber dans la flaque. Contourner, se cramponner à ce qu’on peut. Recommencer, dix fois, vingt fois, cent fois. Le chemin n’est qu’un ruisseau de boue, ses bords sont pires, à côté la végétation est dense, impénétrable.

IMGP1630.jpgEssayer de se protéger les pieds en évitant de patauger, en vain. Glisser, reglisser, déraper. Usant nerveusement, plus encore que physiquement. Les chaussures sont lourdes de terre et d’eau. Et il faut monter, descendre, avancer coûte que coûte. Que cela me paraîtra long    

Toute cette journée j’aurai l’impression de ne pas être dans le coup, de traîner. D’ailleurs nous nous faisons dépasser par beaucoup de monde. En réalité c’est entre Mare à boue et le Gîte Piton des Neiges que nous perdons 200 places pour en reprendre 50 dans la descente vers Cilaos (ou en nous arrêtant moins longtemps que d’autres au ravitaillement du gite, effet trompeur des classements pris à l’arrivée des ravitaillements qui ne renseignent donc pas sur le temps qu’on y passe, notamment si on y dort un peu). Je gamberge. Pourquoi cette impression de ne pas avancer ? Qu’est ce qui cloche ? Qu’est ce que je n’ai pas fait comme il fallait ? Suis-je parti trop vite en suivant Vincent et Jacky sur la route presque plate des premiers kilomètres ? Je tente d’analyser ce qui s’est passé, mais curieusement je ne m’inquiète pas de la suite. Rien n’est compromis, nous avons de la marge sur les barrières horaires. 1h45 à Foc Foc, 2h15 au Volcan, 2h40 à Piton Textor, 3h à Mare à Boue, 2h45 au Piton des Neiges et 3h à Cilaos que j’atteins à 18h04 comme je l’avais annoncé à mes enfants pour qu’ils aient un repère et sachent alors si je suis dans le coup. Tout se présente donc bien.

Un coup dur. En arrivant en bas de la descente sur Cilaos, Jacky m’annonce qu’il envisage de s’arrêter là. Il souffre du dos et hésite à s’engager dans Mafate. On a trois kilomètres de route pour en discuter. J’essaie de l’encourager. Je sais combien cette course est importante pour lui et devine son immense déception. Mais difficile de trop insister pour qu’il continue. C’est lui qui connaît sa forme du moment, c’est lui qui supportera d’éventuelles conséquences s’il prend le risque d’aller trop loin. On temporise, d’abord profiter du ravitaillement et de ce qu’il propose.

On a de la chance, les kinés ne sont pas débordés, contrairement aux podologues pris d’assaut par les coureurs dont les pieds ont beaucoup souffert à cause de l’eau. Jacky se fait donc prendre en charge et soigner son dos pendant que je confie mes jambes pour un massage très sérieux même si elles ne me faisaient pas souffrir.

Après avoir retrouvé le sac qui m’attend, avoir enlevé mes chaussures noires de boue pour mettre une paire qui, quel confort, restera sèche jusqu’au bout, m’être changé, avoir regarni mes poches en pattes de fruits, barres de pates d’amandes, amandes salées grillées et compotes, base de mon alimentation entre les ravitos, Jacky me confirme son intention d’en rester là. On se restaure, mal. Le repas proposé est très médiocre, bouillon, pates sans assaisonnement et bout de poulet, pomme, le tout dans un espace glacé et mal organisé. L’ambiance est plombée. Un moment avec nos femmes, soin d’une ampoule par Bénédicte éclairée par la frontale, une tentative infructueuse pour dormir un peu dans la voiture, trop de bruit.

   Je repars seul dans la nuit noire, le cœur lourd de laisser derrière moi mon capitaine de route, celui qui connaissait si bien l’itinéraire. Pourtant je n’ai aucune appréhension. A moi de jouer, de me motiver, de gérer l’effort sans regard extérieur. J’adore cela. Une nouvelle course commence ! 

Gérer le sommeil et les barrières horaires. 

L’arrêt aura duré deux heures sans que j’en profite pour dormir. Pas efficace. L’avance a donc fondu et il va falloir maintenant que je surveille les barrières pour ne pas me laisser piéger. Ce sera un peu compliqué parce que le bruit court que les temps de passage ont été repoussés, mais on n’a rien d’officiel et c’est la pagaille. Je prends le parti de m’en tenir aux anciens horaires. Je serai renseigné tout au long du parcours par les coureurs locaux qui savent toujours assez bien où nous en sommes, le temps qu’il faut pour aller au contrôle suivant. Ils connaissent le terrain et ont souvent fait plusieurs fois la course, leur course, tant celle-ci est importante dans l’île, pour l’île, presqu’un rite initiatique, en tout cas le marqueur d’une identité. Je m’en remets à eux pour suivre un rythme qui m’assure d’être dans les temps. Ce sera facile jusqu’au sortir de Mafate, une heure d’avance environ, en haut du Maïdo.

L’avance va fondre ensuite, au début de la troisième nuit. Je serai juste à Rivière des La-Reunion-043.JPGGalets mais j’ai le temps de faire une petite sieste sous les yeux de mes accompagnateurs (je suis donc sûr d’être réveillé comme prévu) ce que me permet aussi leur assistance très efficace, Jacky remplissant ma poche à eau et allant chercher mon sac de rechange. Je serai encore plus juste au Chemin Ratineau pour reprendre ensuite plus d’une heure d’avance à La Possession où j’arrive à 5h49 le dimanche. Je pourrai ainsi, avant de repartir pour le final, y dormir une bonne demi heure allongé sur le dos, la tête sur mon sac, les pieds surélevés par une caisse en carton, le tout sur le sol de béton du préau de l’école, un bonheur !Cela n’avait pas été ainsi à Marla où je suis arrivé au milieu de la seconde nuit (1h15). Spectacle saisissant. Sur l’herbe du terrain de foot, dans une demi obscurité, brillent des centaines de couvertures de survie dans lesquelles on devine des corps enveloppés. Image de morts sur un champ de bataille, dans un désordre immobile d’autant plus surprenant que la sono marche à fond. Au ravito où je mange debout des pâtes-saucisses, mon meilleur repas de la course, les tables sont occupées par des coureurs qui dorment assis. L’ambiance est lourde, la fatigue est partout, oppressante. Après avoir tourné un peu pour trouver un coin pour me coucher, je change de tee shirt pour être bien au sec et me pose sur ma couverture de survie pour m’isoler de la rosée abondante, tout heureux d’avoir ramassé une vraie couverture qui va me protéger du froid. Je mets mon portable à sonner dans 30mn. En fait je dormirai à peine, des sans-gênes qui s’installent un peu plus loin discutent tellement fort qu’ils m’empêchent de fermer l’oeil. Mais cela sera suffisant pour que je reparte en bonne forme, vers deux heures, tout étonné de cette renaissance.

Je referai une tentative pour dormir au départ du sentier scout vers 6h du matin. Une tente propose des lits de camp, l’un se libère après une petite attente. Là aussi trop de bruit pour un bon sommeil, mais un quart d’heure de relâchement qui régénère. Je repars plus tonique pour cette longue section essentiellement descendante vers le fond de Mafate dont je garde un très bon souvenir.

img_1845.jpgJe n’ai pas eu plus de chance à ma troisième tentative de sieste, vers midi celle-là, au bord ombragé d’un ruisseau. Un endroit rêvé, sauf que là aussi je serai gêné par la conversation bruyante d’un habitant du coin qui fait ses commentaires sur la course avec ses copains eux-mêmes coureurs. Mais au moins, j’aurai évité de tomber dans un sommeil profond au risque de rater les barrières horaires, ce dont j’avais peur.

C’est d’ailleurs étonnant de trouver un peu partout, à n’importe quelle heure, de jour comme de nuit; et dans n’importe quelles positions, des coureurs qui dorment au bord du chemin. Les uns, bien installés, ne laissent pas de doute, ils dorment. D’autres, donnent l’impression d’être victimes d’un malaise. On ne sait s’il faut leur demander s’ils ont besoin d’aide ou s’ils sont sûrs de vouloir continuer à dormir. Très vite, on passe son chemin sans s’inquiéter. 

A ne pas dormir, je vais avoir de drôles de sensations. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu ce que je suis entrain de faire. Ce sera le cas la troisième nuit, le long de la rivière des Galets, surtout en remontant par un raidillon détestable jusqu’au stade où est installé le contrôle. Ce sera encore le cas au petit jour, juste avant d’arriver au contrôle de La Possession, et, enfin, en plein midi, dans la descente finale vers La Redoute. Je cherche dans ma tête quand j’ai pu passer là auparavant. Evidemment je ne trouve pas, je n’ai jamais reconnu le parcours et suis pour la première fois à La Réunion. Je suis assez lucide pour m’en convaincre, mais je persiste à ressentir cette sorte de dédoublement de mes perceptions. Ce sera particulièrement aigu dans la file qui bouchonne pour descendre à La Redoute. Je grogne intérieurement contre ces ralentissements en me disant qu’à cet endroit c’est toujours pareil, alors que, bien entendu, je ne suis jamais passé par là.

Dernières images, contrastées. 

Ah ce final ! Je repars de La Possession gonflé à bloc. Il fait beau, j’ai un peu dormi, avalé un bol de pâtes en reprenant la marche et je sais que si je ne m’attarde pas, je suis dans les temps pour aller au bout. Je dépasse des coureurs et les encourage ce qui est sans doute une manière de me motiver. Le rythme est soutenu. Je retrouve Thierry, un copain de Christian, avec qui je vais marcher de longs moments en discutant. 

Xavier1.jpgNous sommes en zone péri-urbaine. De longues portions sur route ou dans de larges rues. Je m’arrête dans une échoppe en tôle devant laquelle plusieurs hommes sirotent des Dodos, la bière locale. J’entre acheter une bouteille d’Orangina. Le patron très aimable, mais gros bonhomme très lent, mettra un temps fou à me servir puis à me rendre la monnaie. Pourtant je ne regrette pas. Quelle douceur cette boisson glacée et fruitée après ces deux jours à l’eau pure que je transporte sans en avoir jamais manquée, même si deux fois j’ai fini ma réserve juste avant d’arriver au ravito. A ceux-ci, en plus des soupes, j’ai bu du Coca Cola, toujours proposé, et quand il y en avait, trop rarement, de l’eau gazeuse.

Je suis euphorique à Colorado, dernier contrôle. Je suis interviewé par une jeune et charmante journaliste. Je sens qu’elle est contente de moi en devinant son sourire derrière sa caméra quand je lui réponds que ma présence ici, pour mon cadeau d’anniversaire, prouve qu’on peut avoir soixante ans sans être devenu raisonnable. 

Je m’énerve sur cette fin de parcours difficile sur ce chemin tout en racines glissantes, marches et rochers à descendre. Le sentier est encombré par des randonneurs qui ne se laissent pas dépasser (drôle d’idée des organisateurs de mêler randonneurs et coureurs sur le même itinéraire alors que les uns et les autres ne vont pas au même rythme). Les pieds font mal maintenant. Je m’impatiente de cette file qui n’avance pas, nous sommes souvent à l’arrêt dès qu’un passage est plus difficile. Je vais sans doute perdre près d’une demi-heure dans cette descente. Retarder le moment de la délivrance que représentera le passage de la ligne d’arrivée m’est insupportable, plus encore que la perte de temps et mon résultat final. Même si par goût de la compétition, j’ai longtemps espéré être plus rapide que les copains il y a deux ans, Mais cela fait maintenant un moment que je sais que c’est raté. Je me console en me disant que les deux courses sont différentes, le parcours de cette année étant plus long et difficile. Et j’ai mon avion à prendre dès ce soir, le temps presse maintenant si je veux avoir le temps de me laver pour me débarrasser de cette crasse poisseuse qui me colle.

Négative aussi, la vue de mes pieds délivrés de leur gangue de boue par la douche d’après l’arrivée, prise au vestiaire du stade. Je n’imaginais pas avoir de telles ampoules. Elles entourent la partie renflée de la plante, derrière le gros orteil. Je suis inquiet aussi pour mes ongles, tous d’un noir qui me laisse craindre leur perte. En fait, la terre est si collée qu’il faudra une brosse pour en venir à bout et me rassurer. 

Pour le reste cela va bien. Si j’ai mal au dos depuis quelques heures et suis à demi-tordu, incapable de me redresser, les jambes sont peu douloureuses et répondent encore très bien. Demain, après une nuit à dormir à poings fermés dans l’avion, ma démarche sera bien sûr peu assurée, mais plus à cause de mes ampoules qui brûlent dès que je pose le pied qu’à cause de courbatures. Et pour l’instant, je n’ai pas encore les chevilles gonflées comme elles le seront mardi matin, m’empêchant d’enfiler mes chaussures de ville et m’obligeant à mettre des runnings blanches et dorées qui détonnent avec mon costume sombre et encore plus sous ma robe de magistrat ! Cela fera un peu clochard...

Xavier2.JPGPositive par contre, l’émotion qui m’étreint quand après m’être arrêté enfiler le tee shirt réglementaire, celui fourni par l’organisation sur lequel figurent les sponsors, je reprends la course vers l’entrée du stade, un peu plus de cent mètres, sous les applaudissements. Je m’étais préparé, sachant par expérience que c’est là, un peu avant la ligne, quand on réalise que l’on est au bout, que les larmes me mouilleraient les yeux. J’en profite, je suis encore seul. Après, à l’entrée, je retrouve Bénédicte, les amis, pour quelques dizaines de mètres. Le plaisir qui ne m’a pas quitté depuis le départ, est alors moins intérieur. Il est temps de le partager.

Xavier3.JPGEt je ne serai pas privé de ce partage. Ils sont tous là autour de moi à me fêter, me faire raconter en m’apportant la bière si longtemps attendue. Les yeux brillants, mais cernés de fatigue, de Christian. Le visage tendu, mais heureux, de Vincent. Les mines plus reposées, admiratives, mais à la joie mêlée de regrets, de Jacky et de Jean-Pierre qui n’auront pu aller au bout. Je comprends leur émotion. Ambiance de retour de front après la victoire. Nos femmes, impressionnées, mais dont on devine le soulagement et, peut-être, une certaine incompréhension : pourquoi font-ils cela ?

Pourquoi, Oui, pourquoi ? Que répondre, si ce n’est que ce n’est pas parce qu’on s’inscrit à la Diagonale des Fous que l’on est vraiment cinglé. J’espère, un peu, que ce récit vous en aura convaincu.  

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:39
CIMG2494.JPGVous avez été plusieurs dizaines, à nous soutenir, moi même, mais aussi les copains, pour cette 20ème édition de la Diagonale des fous, par vos appels, vos Sms, commentaires sur facebook ou sur les suivis en live de notre ami Alain Boutet sur ce blog
Sur cet excellente retransmission en live de nos courses , vous avez pu vivre un peu notre aventure par procuration !
Je  propose donc à celles et ceux qui le désirent de la vivre cette formidable aventure, de l'intérieur à travers plusieurs récits, dont le mien, que je viens de mettre en ligne, mais aussi celui de notre brillant co-équipier "Vincent"  ainsi que  celui d'un super champion qui monte sur la 2ème marche du podium, derrière Kilian Jornet, "Antoine Guillon"
 Devraient bientôt suivre :  les récits des copains,  Xavier , et Thierry Lambert  et  Tierry Zerbini !
Vous pourrez de la sorte, vous faire une idée de ce que sont les ressentis, suivant le vécu de course de chacun.
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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 19:00

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307ème et 1er V3 pour 170km et 10845m de dénivelé positif

2750 au départ et 1364 classés

Soit : 50% d'abandons ou hors délais

Cette 20ème édition de la Diagonale des fous était annoncée comme hors norme, par sa distance, plus de 170km, ses 10850m de dénivelé, mais aussi par la technicité des sentiers proposés. Cette édition n'a pas failli à sa réputation annoncée et il fallait s'y présenter, plus que jamais, avec un physique au top et un mental infaillible !

Connaissant en grande partie le circuit et les difficultés qui nous attendaient, Je m'y étais  préparé encore plus consciencieusement qu'à l'ordinaire. Les dernières reconnaissances sur place, d'une grande partie de l'épreuve, même si elles furent difficiles ont aussi beaucoup contribué à ma réussite, tant pour l'adaptation physique que mentale  !

 

Jeudi 18 octobre

Toute la matinée a été consacrée à la préparation de la tenue de course, du sac à dos et des sacs d'assistance. Moment préparatoire important s'il en est, car le moindre oubli peut ensuite perturber une épreuve où rien ne doit être laissé au hasard, tant pour le matériel obligatoire qui peut être source de pénalité, voir de disqualification en cas de non respect, que pour la réserve alimentaire, propre à chaque coureur où les vêtements et chaussures de rechange qui se révèleront bien utile cette année. Vérification, revérification ; Enfin tout est prêt !

Après le repas de midi, à base de pâtes, bien entendu, petite sieste, puis départ pour Cap Méchant. Ma fille Céline et mon gendre Clément, Maryvonne, mon épouse Christophe, mon fils, ainsi que Laurence, l'épouse de Thierry Lambert, nous accompagnent.

C'est toujours la cohue pour arriver à Cap Méchant. Vers 20heures, nous pouvons enfin nous diriger vers le contrôle des sacs. Stupeur ! Une énorme file nous attend ! Il nous faudra une heure, serrés comgrand-raid-depart 3me des sardines avant d'arriver enfin au contrôle !

J'aurai perdu mes compagnons et ne reverrai personne. Après le contrôle, je tente de retrouver les uns ou les autres, sans résultats. J'apprendrai ensuite que je suis passé à leurs côtés sans les voir ! l'aire de départ est déjà bien encombrée et je dois me résoudre à voir la ligne de départ…. d'assez loin ! Je prends ma portion de Gâteau-sport et je prends mon mal en patience.

Une petite heure à attendre, ponctuée d'animations diverses, groupes musicaux, annonce des favoris et prise de parole du Président de l'association organisatrice "Robert Chicaud" l'ambiance est survoltée !

22h00 ! Enfin le départ ! La meute est lâchée ! Il me faut une bonne minute pour enfin passer sous la ligne ! Je suis abasourdi! Un long serpent humain s'étire devant moi ! Plus de 1000 coureurs s'égrainent. La tête de course est déjà très loin. Je me suis fais coincé comme un bleu ! Ca commence bien !

Je ne m'affole pas pour autant, progrand-raid-2011fitant de la marée humaine des spectateurs, si enthousiastes à La Réunion. C'est toujours impressionnant !

Nous avons 5 km de bitume, et je dois en profiter pour remonter au maximum. Progressivement, je fais chauffer le moteur, alors que la pluie fait son apparition  et je commence à doubler les concurrents par dizaines. Je ralentis à peine dans les chemins de cannes, sauf dans les passages trop caillouteux. Après 8km, lors d'une longue descente, à nouveau sur la route, je double mes deux copains, Thierry Lambert et Thierry Zergrand-raid-depart 2bini. Ils étaient mieux partis que moi !

Je passe les deux  premiers postes de contrôle. Au second, je fais le plein d'eau, prend un verre de coca sel, quelques fruits secs et pars à l'assaut de l'ascension du Volcan après avoir enfilé ma veste imperméable car la pluie a redoublé. Je monte régulièrement sur ce sentier très rocheux où la végétation est luxuriante; Il y a du monde, mais çà ne bouchonne pas. Ce sera long, je sais qu'il me faudra  au moins 3 heures pour cette ascension au Volcan.

Vendredi 19 Octobre

A Foc Foc, bien que je n'aie pas préparé de tableau de course, je sais que je suis dans les temps. Je suis assez surpris de ma place (344) J'ai bien remonté ! Je me ravitaille, fais le plein d'eau et repart rapidement car il fait froid ;  A peine 5' d'arrêt. Au poste suivant "Volcan", je ne prendrai qu'un verre de soupe chaude. Le jour se lève alors que je traverse  la Plaine des sables.  Je remonte ensuite sur l'Oratoire Ste Thérèse, d'où l'on domine cette même plaine des sables, avec le long ruban de coureurs. C'est toujours un spectacle impressionnant !

 Je fonds sur "Piton Textor" par un sentier ponctué de  nombreuses flaques d'eau glaciales et de boue que l'on voudrait tenter  d'éviter, 7h52' de course et 327ème, je progresse un peu.  Je m'y ravitaille rapidement, coca sel + un verre de soupe et je ne m'attarde pas. Il pleut toujours un peu, il fait froid ; rien ne sert de moisir ici ! Déjà 42 km de parcourus. 10km de descente dans les brandes puis les  prairies pour rejoindre Mare à Boue. Le sentier devient de plus en plus gadouilleux, on ne tient plus debout. Devant moi, plusieurs coureurs glissent et s'étalent dans un bain de boue ! Je me fais quelques frayeurs, mais ça passe. Qu'est ce que çà va être lorsque plusieurs centaines de coureurs seront passés ! Je plains la 2ème partie du peloton ! J'ai aussi l'avantage de bien connaître ce sentier! J'arrive à courir presque partout. Il faut en profiter, car ce ne sera plus possible en remontant vers le Piton des neiges.

A Mare à Boue, 52km, je suis 290ème en 9h14'. Par rapport à 2010, c'est largement aussi bien, vu les conditions. Le poste est tenu par les militaires. Une camarade de club, "Kanti" devrait y être en poste. Malheureusement elle est absente à mon passage. Dommage, c'aurait été bien de rencontrer une tête connue ! Je fais le plein d'eau, prends mon coca sel, un verre de soupe, grignote au hasard, du fromage, jambon, gâteaux secs, je m'étire un peu. L'on nous conseille de ne pas trop traîner. Ceux qui s'attardent ont du mal à repartir. Je quitte le confort relatif des tentes de l'armée après 12' d'arrêt pour repartir sous une pluie fine et toujours le froid.

Juste avant de repartir, j'ai eu un texto de ma fille Céline. Je suis 1er V3 avec 30' d'avance. Gérard Racinne est devant à 50'. Elle me le confirmera ensuite par téléphone, tout comme mon pote Alain qui assure le suivi en live sur mon blog ! C'est une surprise et çà me motive. Raison de plus de ne pas traîner ! Mais quelle pression désormais !!!

A partir de cet instant, je n'aurai plus qu'une chose en tête, me battre pour garder cette1ère place !

La montée sur le gîte du Piton des neiges sera une horreur. 12km de montée dans un infect bourbier, terrain marécageux ou progression dans un torrent d'eau qui coule à travers les rochers dans la phase finale. Quel régal ! Au début, j'esquive, sautant à droite, à gauche, puis résolu, tout droit ; De la boue ou de l'eau par-dessus les chevilles ! Heureusement, j'ai un mental d'enfer !Des coureurs exténués se reposent sur le bord du sentier. Les abandons à Cilaos se chiffreront par centaines !

ds_PIT-NEIG-0001--4-.jpgEnfin, le gîte du Piton se profile devant moi, avec le soleil !!! Quel bonheur ! 64 km de parcourus. Ravitaillement rapide, soupe chaude, coca sel ;  5' et je repars aussitôt sur la terrible descente du bloc. Comme à chaque descente, je remonte mes genouillères pour bloquer mes rotules dans l'axe ce qui s'avèrera efficace ; Aucune douleur de toute la course ! (j'avais bien testé à l'entraînement, suite à un début de syndrome fémoro- patellaire rotulien)

La descente du bloc, est un sentier assez raide ponctué de nombreuses marches avec des troncs hyper glissants, suite à la pluie. Nombreuses chutes ! Plusieurs fois, je glisse et me rattrape in-extrémis ! Ca va Christian ! Je me retourne, C'est Christophe Marée, de l'Ultramical 86. Sympa de rencontrer une connaissance. Nous échangeons quelques impressions. Il descend plus vite que moi et passe. Soudain j'accroche une tige de fer qui bloque les troncs ou planches  et vlan, je pars en avant, étendu de tout mon long dans les décors. Derrière, les suivants sont affolés ! Deux charmantes raideuses sont prêtes à prendre soin de moi ! Pas de chance, tout va bien, plus de peur que de mal ! Blague à part, je m'en sors bien ; la course aurait pu se terminer ici !

Je repars plus prudemment ; Effectivement çà refroidit ! Au Bloc, une foule de spectateurs pique-niqueurs nous encouragent. Allez Christian! Vas-y Christian ! Super Christian ! Les dossards, c'est bien utile !!!

3km plus loin, c'est l'apothéose en arrivant à Cilaos ! Entre temps, j'ai eu mon fils Stéphane au téléphone, qui m'a confirmé ma 1ère place en V3  et bien sûr Céline, qui m'informera poste après poste de l'évolution de la situation. Elle m'informe, Alain également, que çà se passe bien à l'arrière pour tous les copains du PEC et de lUltramical, ainsi que pour les 2 Thierry. je suis rassuré.

1er  arrêt Etape Cilaos: 72,4km ; 374ème en 14h46. ds DIM0001 (25)Suite à ma chute et ma remise prudente en course, j'ai perdu quelques places, mais ce n'est pas méchant, car je suis dans le tempo estimé, moins de 15heures ! j'ai prévu d'optimiser au maximum ce 1er  arrêt étape ! 1heure maximum !

 Dès mon arrivée, je me lave les pieds et fonce chez les kinés. Pas de file d'attente ! La chance ! Une kiné prend une cuisse et un mollet, alors qu'un kiné prend l'autre côté.  Ils me trouvent en super état et 10'après, je suis libéré. (Rien à voir avec les 50' de 2010) Une grosse averse s'abat alors ; Quelle poisse ! C'est triste Cilaos sous la pluie ! De plus, je suis bien seul ! Pas de supporters ici, cette année !  Je pars à la recherche de mon sac d'assistance et m'installe sous une tente pour me changer, chaussettes, chaussures, tee-shirt. Tout y passe.  Je me rends ensuite dans la salle des repas. Je prends une soupe de pâtes uniquement, rempli mon sac à eau et repars, ma 2ème portion de gâteau sport à la main. Je ne me serai arrêté qu'une heure! 

Mon poursuivant V3 a toujours 30' de retard au pointage. De ce fait, en restant 1h, nous serons restés 30' sur le même poste sans nous croiser.

J'appréhendais la portion Cilaos-Pied du Taibit ; En fait, je l'avalerai au mieux ! Au ravitaillement, à peine 2' d'arrêt et je pars pour la longue montée de ce col mythique ! Je suis sur le parcours que nous avions reconnu sur 2 jours la semaine précédente et c'est pour moi, d'une grande assurance.

ds_CIL-SS-0001--14-.jpgAu col, je bascule dans le Cirque de Mafate, ce cirque, grandiose par ses remparts et ses paysages à couper le souffle, emblématique, chargé d'histoire, refuge des anciens esclaves en fuite qui retrouvaient ici leur liberté. J'effectue une descente d'enfer sur Marla en compagnie d'un petit cabri réunionnais qui me fausse compagnie lors d'un appel téléphonique ! Je la rattraperai à mon arrivée à Marla ! J'aurai l'occasion de la retrouver à plusieurs reprises jusqu'à la montée finale sur Colorado.

A Marla, 85km, je suis remonté à la 327ème place, la descente depuis Cilaos m'aura réussi ! Surprise, Christophe marée est attablé. Je le rejoins et prends une soupe en sa compagnie. Il repartira quelques minutes avant moi et je ne le reverrai plus.

Je repars avant que la nuit ne tombe. Mon poursuivant a 50' de retard au pied du Taibit. C'est bon pour moi ! merci Céline ! La nuit me surprend lors de la rude montée vers la Plaine des Tamarins, d'où  je repartirai vers le Col de Fourche, qui sera de triste renommée,  mais je ne le saurai qu'à l'arrivée; Au col, il fait nuit noire. Pas rassurant, je suis seul, il faut être attentif sur le balisage. Le début de la descente est vertigineux, avec de très hautes marches glissantes. C'est sur cette portion, qu'un concurrent chutera dans le ravin un peu plus tard et y laissera la vie ! J'arrive enfin au Sentier Scout ! Je suis crevé ! Heureusement, il y a possibilité de dormir. Une tente, une dizaine de lits dont un de libre, La chance ! Je m'accorde 30' de sommeil, qui en fait se révèleront quelques minutes. 3 raideurs indélicats s'échangent des vannes à grands renforts de rire. Je me retiens de protester et je finis par sombrer. La sonnerie de mon alarme me tire alors de mon sommeil. J'ai l'impression de n'avoir pas dormi. Je prends un verre de soupe pour me réchauffer et repars dans la nuit. Céline m'informe que le 2ème V3 a 1h40 de retard à Marla, il a du coincer dans la montée du Taibit !

Le sentier scout est très physique, avec de nombreuses parties techniques en descente. Un passage hyper dangereux, longue montée le long de la falaise, sentier de 50cm de large et c'est le grand vide à droite! Heureusement un câble permet de sécuriser la montée. Je m'y accroche par moments. Plus loin, au lieu dit "Les deux fesses" c'est le vide de chaque côté, Salazie à droite, Mafate à gauche ;  Il vaut mieux ne pas faire d'écarts !  Je trouve un compagnon de route qui délire. Il croit voir un groupe de danseurs dans la nuit, alors que ce sont des raideurs qui avancent un peu plus loin devant. Il insiste et je lui conseille de se reposer. Il paraît que de nombreux ultra- trailers ont des hallucinations !  Dernière grosse ravine à traverser et j'arrive à  Ilet à Bourses : 101,7km,  je refais le plein d'eau, prends un verre de soupe  et repars aussitôt. Nouvelle grosse ravine à traverser avant une très longue remontée pour finalement redescendre sur Grand-Place. Nous avons dormi ici lors de notre reconnaissance, donc je me rappelle bien des sentiers et mentalement çà aide beaucoup.

Ce qu'il faut savoir à La Réunion, c'est que lorsque l'on monte à un endroit, on descend souvent pour y arriver et lorsque l'on descend à un autre, on monte souvent !!!

Samedi 20 octobre

Gros dilemme en arrivant à Grand-Place ! Je ressens une petite fatigue, j'ai mal dormi à Sentier Scout et j'ai besoin à nouveau de repos, mais je dois maintenir mon écart avec l'arrière.

La raison l'emporte et j'opte finalement pour une seconde ½ heure de repos. J'ai 3 heures de montée pour rejoindre Roche-Plate, puis l'ascension du Maïdo dans la foulée, soit près de 2000m de D+ . Un très gros morceau  et il vaut mieux être frais. J'aurai plus à y gagner ! A la tente de repos, il y a cohue ! Une dizaine de lits de camp, c'est vite plein ! Un bénévole me propose d'attendre 5', il doit réveiller un raideur et je prendrai la place. Va pour 5' ; En plus il me réveillera après 30'. C'est bien organisé ici, en plein milieu du Cirque de Mafate, on a même droit au veilleur de nuit !!!

Je repars, bien reposé, après cette bonne nuit de 30' ! J'ai bien fait car la fraicheur physique  est de rigueur pour ce qui nous attend. Longue montée vers "Grand-Place les hauts",  avant une descente vertigineuse sur La Roche Ancrée dans le fond de la Rivière des galets que l'on traverse sur des ….Galets ! La semaine passée, de jour, Si nous avions eu le temps, nous nous serions bien baignés dans les bassins. Cette nuit, il vaut mieux éviter d'y glisser ! Remontée, nouvelle traversée de ravine et remontée à nouveau, interminable. De virage en virage, nouvelles séries d'escaliers boisés et des marches un peu hautes pour mes petites jambes ! Pas de pitié pour les petits à Mafate !!! ds CIL SS 0001 (50)

Enfin L'arrivée sur Roche Plate ! 331ème en 31h04' de course. Je me maintiens ! Roche Plate est un très joli "Ilet" vert et fleuri. L'accueil à l'école, par les bénévoles est enthousiaste. C'est toujours le même cérémonial à Mafate , accueil super sympa et toujours dans les écoles. Ce sont les seuls bâtiments officiels dans les Ilets du Cirque, idéals pour les postes de contrôle et de ravitaillements. Je m'attarde une bonne dizaine de minutes, le plein d'eau, mon coca sel et mon verre de soupe. Je me laisse aller, un peu de saucisson et du jambon. J'innove sur cette diagonale !

Allez, c'est parti pour le gros morceau "le Maïdo". Il faut déjà monter vers la brèche. Sujets au vertige s'abstenir !!! Le sentier borde le précipice, une falaise sans fond !!! Le jour s'est levé et je profite du panorama ! Une vue à 360° sur le Cirque !

J'attaque la phase "Maïdo" 800m de D+ en à peine 3km, et c'est raide. L'ascension est divisée en 4 tronçons avec une indication à chaque quart ! Mentalement, c''est très bien pour se situer. Finalement, il suffit de prendre un rythme régulier et savoir qu'il me faudra 1h30 environ. (C'est ce que je me suis fixé) Effectivement, 4 fois 22' et le tour est joué. Tout le long, la vue est exceptionnelle ! Quel spectacle ! Arrivée au sommet sous les acclamations d'un public nombreux, bien évidemment ! Le pointage sera 15' plus tard, question d'acheminement des infrastructures. Je suis remonté à la 308ème place ! 121km de parcourus; Plus que 50, çà devient bon ! ds CIL SS 0001 (42)

Mais en repartant du Maïdo, stupeur ! Je ne peux pas me remettre à courir; j'ai les cuisses tétanisées ! Quelle poisse, alors que j'ai plusieurs heures à descendre pour rejoindre Sans Souci ! C'est bien le moment de s'en faire… des soucis  !!! Dans ces moments là, il faut faire jouer le mental ! Se dire que çà reviendra forcément ! Ne surtout rien lâcher et s'accrocher !  J'ai été informé par Céline que j'avais désormais plus de 2 heures d'avance, mais çà peut fondre rapidement. Comme d'habitude, quand on descend, on monte ! J'alterne donc les montées et descentes en essayant de trottiner le plus possible, mais mes cuisses sont dures comme des poteaux ! Après quelques heures de descente (on mesure en heures ici) çà revient un peu, mais c'est interminable. Pourtant, rien de dramatique ; Sur les autres éditions, il y a toujours eu des passages où l'on a du mal à courir le dernier jour de l'épreuve, mais je suis tellement pris par mon mano à mano à distance interposée avec mon poursuivant que je ne veux rien céder !  Heureusement, j'ai Céline et Alain au téléphone, ça motive, sauf que j'apprends l'abandon de Jean-Pierre et Jacky à Cilaos, ainsi que Marie et Romuald, copains de l'Ultramical 86.Ce doit être frustrant pour eux ! Les autres copains, poursuivent leur progression !

Mon avance, portée un temps à 2h50 s'est réduite à 2h30 au pointage du 2ème V3 à Maïdo, je n'aurai plus que 2h à Sans Souci. Mon passage aux enfers me coûte cher ! Heureusement je redescends bien à la Rivière des galets et je recoure presque normalement sur la piste 4/4 que nous parcourons sur plusieurs km.

2ème arrêt Etape : Rivière des Galets : 136km . Je suis 318ème en  38h59' . Je décide de faire une pause très courte, 20' maximum, J'ai de la chance, une bénévole va me chercher mon sac d'assistance pendant que je me ravitaille. Ce que c'est d'être beau et mignon !!! Où alors, c'est plutôt le petit mot gentil à mon arrivée ! les suivants, ils se débrouillent ! Ils ne savent pas y faire !

Je me change rapidement, prends un petit café car j'ai les paupières lourdes, les yeux qui clignotent un peu,  et remet mon sac à mon assistante improvisée ; Ce doit être vraiment mon charme !!! Et je repars en grignotant ma dernière portion de gâteau sport, je n'en prendrai que la moitié car je n'ai pas très faim. Je monte assez rapidement le Sentier de Bord, jusqu'en dessous de Dos d'Âne. Nous sommes  un petit groupe à nous élancer dans la descente super technique en direction du Chemin Ratineau. Sans les arbres en bordure, impossible de descendre et pourtant nous dévalons la pente à bride abattue ; sautant de rocds_CIMG2384.jpgher en rocher et d'arbre en arbre! Quelle gymnastique ! Heureusement que la forme est bien revenue. Je rejds_CIMG2387.jpgoins le Chemin Ratineau où je pointe en 307ème position , et c'est à nouveau le même exercice pour traverser une nouvelle ravine, avant de retrouver un long chemin piegeux de plusieurs km ; Racines, rochers, mais je cours pratiquement sans cesse jusqu'au poste de "La Possession" J'aurai bien repris une douzaine de places depuis La Rivière des galets et conforté ma 1ère place en V3. J'ai mon  comité d'accueil à la Possession. Maryvonne, Laurence et Christophe m'y attendent. Ca fait du bien de revoir des têtes connues, mais je ne leur accorde que 10', le temps du ravitaillement. Ils repartiront sur "La Grande Chaloupe" où je les retrouverai à nouveau, après avoir parcouru le "Chemin des Anglais", cauchemar des raideurs fatigués ! Ca ne se passera pas trop mal, mais je serai très prudent sur la partie finale, véritable piège à entorse. Entre temps, j'aurai reçu plusieurs appels et sms des copains et copines de club, dont notre suiveur en live "Alain" ! C'est réconfortant de se sentir soutenu à distance. 

La Grande Chaloupe : 156km ; J'y arrive à la tombée de la nuit !mon comité d'accueil s'est bien étoffé ! Gérard Racinne, qui a bouclé sa Diago dans le top 100 quelques heures plus tôt et frais comme une rose ! Mon agent de renseignement "ma fille Céline" et Clément, qui a brillement terminé la Mascareigne dans le top 100 (65km) ma petite fille Loumène, et Maryvonne, Laurence et Christophe; c'est émouvant de se retrouver tous en famille. Je m'attarde un peu ! A priori , je ne risque plus d'être repris ! Il ne me reste plus que 14km ! Après m'être ravitaillé, coca sel, plein d'eau , quelques gâteaux, je repars seul dans la nuit pour une ultime montée de 700m de D+ jusqu'au "Colorado". A mi chemin, je passe devant la maison d' Annie, une belle sœur , elle m'y attend avec Paul, son mari et Gérard, Céline et Clément, montés en voiture ! je verrai du monde, sur cette fin de course, çà motive ! je m'enfonce à nouveau dans la nuit . Le sentier qui monte au Colorado est interminable. j'y arrive enfin, prends un verre de coca et repars illico pour la dernière descente où j'avais cartonné en 2010. Cette fois, j'ai décidé de jouer la prudence, je ne tente pas de passer sous la barre des 300, ce serait trop bête de perdre ma victoire en V3 sur une chute ou une entorse. Je mettrai 1h25 pour rejoindre le stade de La redoute, ce qui n'est pas si mal.

ds_CIMG2390-copie-1.jpgA mon arrivée sur la piste, 2 coureurs veulent me doubler ! Alors là , faut pas exagérer ! Ils ne me connaissent pas, je pars au sprint et passe la ligne en apothéose ! médaille finisher, tee-shirt "j'ai survécu" !  le commentateur a vu en direct sur le tableau lumineux que j'étais le1er V3 ! A peine le temps de respirer, qu'il me tend le micro et je me prête volontiers au jeu de l'interview !ds_CIMG2393.jpg

1er V3 , 307ème au scratch en 49h11mn12s : Mission accomplie . Je suis même en deCIMG2394Assous des 50 heures prévues !

Je quitte enfin l'aire d'arrivée pour  rejoindre tous mes supporters.  C'est le Grand Bonheur !!! Je peux enfin savourer !!!

Les copains, Thierry Lambert et Vincent Hulin devraient arriver dans quelques heures et je décide d'attendre au stade.

Après quelques minutes de récupération, je vais prendre un repas chaud, qui sera presque, froid bien entendu mais qu'importe ! Sauf que la nuit est fraîche et que j'ai du mal à me réchauffer ! Pour palier à cet état de fait, je décide d'aller me faire masser. Je retrouve ma petite masseuse de Cilaos ; C'est bon de se confier à des mains connues ! Je m'y endors même ! Quelle confiance !!!

Réveillé pour céder la place, je vais dormir 2 heures sous une tente de l'armée, où sans couverture, je gèle ! Maryvonne me réveille car Thierry ne devrait plus tarder ! Il arrive en effet quelques minutes après, à 2h56' du matin. Il est très marqué, mais heureux ! Il a fait une super course ! Nous prenons une petite "dodo" (bière bourbon) ensemble avec mon fils. Vincent ne doit pas arriver avant au  moins 2h30 . Nous sommes frigorifiés par le froid et la fatigue. Comme Jacky, Jean-Pierre, Véronique et Bénédicte seront présents pour l'accueillir, nous décidons de rentrer dormir.

Nous reviendrons le lendemain pour l'arrivée de Xavier et Thierry Zerbini ainsi que pour les podiums !

ds CIMG2433Monter sur la 1ère marche du Podium de La Diagonale des Fous ! Un rêve ! Non, une réalité !!! V3, bien sûr , mais aux côtés  des plus grands,  Kilian en tête , Quel bonheur !

CIMG2445

Nouvelle-image.JPGJe tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont contribué à cette performance

° Tout d'abord, ma famille, mes enfants,  et particulièrement Maryvonne mon épouse, pour qui ce ne doit pas être rose tous les jours de subir les contraintes de  mes exigeantes préparations.

° Tous ceux qui m'ont encouragés, plus nombreux que jamais, membres de ma  famille et copains , par leurs messages téléphoniques, Sms, commentaires sur mon blog ou facebook . Des dizaines et dizaines de messages ou d'appels qui m'ont porté jusqu'au bout de cette aventure !

° Jacques, Gérant D'Athlé-running , pour son aide matérielle !

° Alain, mon copain d'aventure sur la diago 2010, qui a réalisé un suivi en live de toute notre équipe. Il a réalisé un reportage en direct de haute qualité qui a été suivi par plus d'un millier de sympathisants des uns et des autres !

° Et surtout ma fille Céline, alliée de choix, qui pendant ces 49h de course, m'a renseigné régulièrement de la situation de la course, me permettant de m'adapter et de gérer en fonction de ce qui se passait à l'arrière !

Céline , à qui je dédie cette victoire sur cette prestigieuse  Diagonale des Fous  2012…

 Ma plus belle victoire !!! 

ds CIMG2397

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:50

 

centre presse banniere officielle30/10/2012 05:30 | Sports | POITIERS | Imprimer |
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"J'EN AI CHIALÉ TOUT SEUL"
La Diagonale des Fous est l'ultra-trail le plus dur
au monde. Vincent Hulin, notre confrère de
France Bleu Poitou, est allé au bout de la souffrance.
Trois coureurs du PEC ont bouclé ce grand raid de la Réunion: Vincent Hulin, Christian Baigue<br/>et Xavier Savatier. Mais ils en retiendront de grosses souffrances et quelques satisfactions. jfrullier
Trois coureurs du PEC ont bouclé ce grand raid de la Réunion: Vincent Hulin, Christian Baigue
et Xavier Savatier. Mais ils en retiendront de grosses souffrances et quelques satisfactions.
jfrullier

Paroles d'un champion de trail: « Si tu trouves la montée difficile, rassure-toi, la descente est encore plus dure ». Pour la 20 édition, la Diagonale des Fous sur l'île de la Réunion offrait un parcours vertigineux avec ses 170 km non-stop et 10.800 m de dénivelé positif!

Pas étonnant que la moitié des 2.800 coureurs a abandonné. Et un concurrent marseillais a payé sa passion au prix de sa vie après une chute mortelle dans un ravin. Cinq Poitevins sont allés au bout de l'aventure. Dont Vincent Hulin, notre confrère de France Bleu Poitou, 566 en 55 h 16', et Christian Baigue, vainqueur dans la catégorie des 60 ans et plus, 307 en 49 h 11'. Impressions.


Vincent Hulin: "Inhumain"


« C'est inhumain! Je l'ai dit d'ailleurs lors d'un direct sur France Inter. Je l'ai fait mais je ne le referai pas. C'est trop exigeant. Physiquement et mentalement, il faut être à cent pour cent. À 35 km de l'arrivée, j'avais du mal à poser un pied. En fait, je souffrais d'une périostite avec un oedème. Même avec un strap, j'ai sacrément morflé dans les descentes. J'ai en chialé, je criais tout seul dans la montagne. Comme je suis arrivé à 5h30 du matin dimanche, j'ai passé trois nuits dehors. Sur une course comme ça, ce qui est sympa, c'est que tu trouves des compagnons de galère. Et partager cette traversée, c'est vraiment génial surtout quand tu ramènes maillot de "finisher". Si je reviens, ce sera en touriste avec mon épouse... »


Christian Baigue: "Terrible"


« J'ai été obligé de finir au sprint comme sur un 10 km car deux mecs m'ont doublé près de l'arrivée ce qui ne se fait pas. En V3, j'espérais faire un podium mais la victoire je n'y croyais pas trop. À chaque pointage, ma fille, qui habite La Réunion, me renseignait sur l'écart avec mon adversaire direct et il me suffisait de gérer. En tout, j'ai dormi deux fois trente minutes.
C'était ma quatrième Diagonale mais celle-là était exagérée en termes de difficultés. Ces sentiers escarpés avec des endroits où tu ne tiens pas debout, tu ne les retrouves que sur cette île. Pour celui qui débarque sans les connaître, c'est terrible. Après, la mort d'un coureur, c'est le côté dramatique. Je vois très bien où l'accident s'est produit. Tu as juste la place pour mettre tes pieds avec le vide à côté. À la remise des récompenses, pendant la minute de silence, on voyait que ça prenait les gens aux tripes. »

                                                                                                                                        Jean-François Rullier
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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 18:24

H DIAG0 0001 (36)

VIDEO DE XAVIER au Colorado

 

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VIDEO DE KIKI à l'Arrivée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 13:35
centre presse banniere officielle22/10/2012 09:59 | Dernière minute | | Imprimer |
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Grand raid de la Réunion : exploit du Poitevin
Christian Baigue

Considéré comme le trail le plus difficile au monde, la Diagonale des Fous,

course de 170 km non-stop et 10.700 m de dénivelé positif du

sud au nord de l'ile de la Réunion, a été marquée par la performance

du Poitevin Christian Baigue. 307e du classement général après

49 heures et 11 minutes d'efforts, le sociétaire du PEC remporte

surtout le classement de sa catégorie V3 (60 ans et plus). Notre

confrère de France Bleu Poitou, Vincent Hulin, également du PEC,

a terminé 566e en 55 heures et 26 minutes. Cette 20e édition a été

endeuillée par la mort d'un concurrent, victime d'une chute de

30 mètes dans un ravin.

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La Nouvelle République
Vienne - Course à pied

5 Poitevins en course au Grand raid de la Réunion

19/10/2012 05:23
Les Poitevins avant le départ. Les Poitevins avant le départ.

Cinq coureurs du PEC (Poitiers Étudiants Club) ont pris le départ hier soir de la

Diagonale des Fous à la Réunion. Pour cette 20e édition, les organisateurs ont encore

corsé cette course déjà hors norme : 170 km et plus de 10.000 mètres de dénivelé !

Pour être classé, il faut arriver avant dimanche à 16 h 30. Bon courage à Jacky Quéraux,

Christian Baigue, Xavier Savatier, Jean Pierre Pouplin et Vincent Hulin

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 17:34

Six mois Vincent.jpgqu’il n’a pas plu et une tempête tropicale est annoncée. Je veux bien que cette 20ème édition soit arrosée comme il se doit mais quand même ! Après avoir longuement piétiné  aux contrôles des sacs (vérification du matériel obligatoire : frontale avec piles,grand-raid-depart-3.jpg couverture de survie, sifflet, deux bandes élasto de 2m50 chacune, de l’eau, de la nourriture, un coupe-vent) nous voici dans le sas de départ.

Trop tard pour reculer !

Kiki est sans doute noyé aux avants postes. Avec Jacky, Xavier et Jean Pierre nous organisons un sit-in, histoire de ne pas trop fatiguer nos jambes. Il est 22heures en ce jeudi, et les premières gouttes apparaissent, voilà de quoi rafraichir quelques peu nos ardeurs. Dans ce peloton ça transpire la testostérone ! 

Avec Jacky et Xavier nous partons à un bon petit rythme, histoire de s’échauffer mais de doubler des coureurs sur cette partie de route, car après, pour la montée du Volcan ça sera trop tard. Il fait nuit noire et les Réunionnais  sont nombreux et très chaleureux au bord de la route, un avant-gout de ce qui va nous attendre durant ces 170 kms.

grand-raid-depart-2.jpgMalgré notre bon tempo nous sommes un peu bloqués et parfois obligés de stopper notre progression (le phénomène de l’accordéon sur le périf, pour ceux qui connaissent).Après avoir suivi Xavier de près et de l’avoir poussé aux fesses (au sens propre si je puis dire) j’ai des fourmis dans les jambes et commence à dépasser en douceur des concurrents un peu moins rapide que moi à partir de Foc-Foc. De retour sur le plat je poursuis sur ma lancée et double des coureurs qui en grande majorité ont déjà opté pour la marche rapide. Durant de très longues minutes, je ramasse des dizaines et des dizaines de trailers. Un peu euphorique, je ne veux pas trop m’enflammer, histoire de ne pas le payer plus tard. C’est ce qui va arriver. En fait je ne m’en rends pas compte mais j’en dépasse des centaines !

ds_DIM0001--16-.jpgA la montée vers le Piton des neiges, l’eau ruisselante commence à alterner avec la boue de plus en plus présente et tiens, tiens, je commence à mon tour à me faire doubler. Cette ascension est cassante, harassante, épuisante, d’autant qu’elle n’en finit pas ! Au poste de ravitaillement suivant je me refais la cerise, avec une pincée de sel dans un verre de coca, un verre de soupe que je finis en marchant. A chaque ravito d’ailleurs, je ne m’arrête pas plus de 3 mn. (c’est toujours quelques places de gagnées non ?)

La première nuit se passe sans encombre, la progression est bonne, les sensations aussi. Je suis très concentré sur mon alimentation et mon hydratation extrêmement régulière. J’arrive à Cilaos vers 14H30, et j’apprends de la bouche de Véro et Béné (les épouses respectives de Jacky et Xavier) que je pointe dans les 800 premiers ! J’ai du mal à y croire. Alors si en plus de finir le Grand Raid je peux me situer à ce classement là…Douche au stade, massage histoire de, car finalement je n’ai pas mal aux jambes (ou alors juste l’envie de me faire tripoter, vas savoir ?) En revanche mes pieds sont « pourris », depuis la veille au soir, ils macèrent dans mes chaussettes trempées. Là rien à faire. Je mange un bout et me rapproche de Véro et Béné qui m’accompagnent quelques centaines de mètres, elles s’inquiètent un peu pour leurs hommes, ça fait un moment qu’ils n’ont pas pointé. Déjà une heure trente de pause, il me faut vraiment repartir, la montée du Taïbit, s’annonce comme un gros morceau 880 m de D+ à avaler. Petits pas à petits pas, je suis un groupe dont la progression me va bien, ça me rappelle un peu mes balades en rando où il faut être super calme et régulier pour monter jusqu’au col. ds_DIM0001--25-.jpgC’est le milieu de la nuit, il faut maintenant basculer sur Mafate et plus précisément direction Marla.

Arrivé  au poste de contrôle je suis 645ème un truc de dingue ! Voilà qui est bon pour le moral et la technique des petits pas a payé ! Fatigué  je décide (enfin) de me reposer il est 20h30. Bon faut savoir et les copains m’avaient prévenus (merci  Alain et Kiki) qu’à Marla, on ne dort pas…on essaie de dormir ! La sono est à fond, et les jeunes mafatais ne trouvent rien de mieux à faire, que de jouer au tour des tentes et se crier dessus. Je m’incruste entre deux dormeurs (ou dormeuses), juste le temps de quitter mes chaussures et de poser mon sac à dos, et sans en avoir vraiment conscience je dors profondément 30 mn. Un peu dans le gaz, je reprends « la route » direction le sentier scout, et comme je retombe sur Michel (un V3 parisien fort sympathique) croisé dans la montée du Taïbit. On discute un peu, on sympathise et on se tape donc le sentier scout  de nuit. Pas plus de 50 cm par endroit et de chaque côté le vide ! C’est très impressionnant et pour tout dire parfois flippant, le risque de chute est omniprésent et on est déjà plus très fraisds_CIL-SS-0001--50-.jpg (un coureur marseillais fera une chute mortelle non loin de là).

A roche plate, je suis 621ème c’est après que commence la célèbre ascension du Maïdo et ses 870 D+en 3km. Il est  6 heures du mat, le jour se lève et en avant Guingamp ! Dès le premier quart de la montée le soleil pointe le bout de ses rayons et mon moteur commence à surchauffer ! Il est 9heures, le soleil commence vraiment à taper. Je ne comprends pas, je commence à coincer alors que nous montons à un rythme de sénateur, et que je m’hydrate très régulièrement. Avec Michel et son copain Eric, on s’impose une pause à la moitié de l’ascension. On repart, je serre les dents, je ne suis pas au mieux, ça sera le 2ème et dernier vrai coup de bambou sur ce grand raid. (En même temps ça fait plus de 35 heures qu’on est parti…35 heures et sans RTT !)

Le ravitaillement après le sommet de tête dure est le bienvenu, malgré ma défaillance j’ai gagné une cinquantaine de places ! (d’autres doivent être au moins aussi mal que moi, certains qui étaient devant ont même abandonné). Bien remis et requinqué, je décide de repasser devant pour attaquer la longue longue descente vers Sans Souci.  Le tempo est intéressant, on court là ou beaucoup marchent, et du coup on double et on ramasse. En 4 heures de descente on gratte 25 places. Musculairement les quadriceps commencent un peu à ds_CIL-SS-0001--42-.jpgchauffer. Et bizarrement, je commence à ressentir une vieille douleur que mon cerveau avait oubliée, une petite gêne au niveau du tibia gauche. Ca me rappelle mon début de périostite il y a un mois et demi. Le mal devient de plus en plus sévère, je libère Michel qui galope comme un lapin. Au ravito de Rivières des Galets, mon grand copain Jean Pierre (et son célèbre Panama) m’attend, il a abandonné comme Jacky à Cilaos. Je me tords de douleur et mon vieux compagnon de marathon sent qu’il y a un souci. Direction la tente des kinés, le rougaille-saucisses attendra. En enlevant mon booster de mon mollet gauche, un magnifique œdème apparait. Mon tibia est très enflé, la kinée me strape, les larmes me coulent sur les joues, j’ai physiquement très mal, et j’ai du mal à encaisser que je suis blessé, il me reste (encore)  35 kms à parcourir sans pouvoir prendre appui sur mon pied gauche dans les descentes ! Mon pote Michel est reparti mais j’aperçois son copain Eric et je décide de le coller, un visage ami, un peu de réconfort, après celui de mon pote JP. Dans les montées et sur le plat ça va, dans les descentes je jongle. La nuit tombe nous sommes toujours 500 et quelques (inespéré !) Au ravito suivant je tombe sur Véro, Béné et Jacky venus me soutenir, ça fait du bien les copains merci !

Je grimace toujours autant dans les descentes, et parfois je jure même quand mon pied gauche bute sur une pierre ou accroche une racine « ça me fait mal jusque dans ma montre « ! Mon pote Eric n’est pas au mieux, il ne peut attendre d’arriver au ravito de la Possession pour dormir, il est 21 heures et on s’allonge tous les deux au détour du sentier, montre et téléphone sont programmés pour sonner une demie heure plus tard (quel repos, quel luxe !)Epuisés, nous dormons d’un sommeil profond et finalement c’est le froid qui me réveille quelques secondes avant que ne sonnent nos alarmes, il faut repartir. Cette pause improvisée nous a requinqué mais a mis en panique JP qui m’attend plus bas et qui s’inquiète de me voir arriver. Notre dodo nous coute une quarantaine de places. Tiens en parlant de dodo, j’ai demandé à JP de me trouver une bière locale (la dodo) et mission accomplie, j’avale quelques gorgées c’est un vrai bonheur (oui pour le cigare on verra plus tard !).

Sur le fameux chemin des Anglais le calvaire reprend pour moi : non seulement c’est nuit noir et il faut se concentrer pour prendre les bons appuis sur les rochers, des pierres bien disposées et bien plates qui se transforment parfois en éboulis : j’éructe ma haine anti british ! Pour me venger je fais exprès de marcher à droite ! chemin-des-anglais.jpg

Nous sommes à grande chaloupe, il est minuit et demie nous avons parcouru 156 kms, une dernière ascension vers Colorado puis une redescente vers la Redoute et c’est gagné. Une sorte de sanglot semble monter en moi, je sais que je vais y arriver que je vais toucher au but, mais non il ne faut pas craquer, ne pas imaginer maintenant l’entrée ultime sur la piste du stade et la ligne d’arrivée, rester concentré jusqu’au bout. Dernier pointage avant l’arrivée je suis 566ème. Il faut compter une heure et demie pour descendre en temps normal moi j’imagine mettre au moins deux heures et je préviens les copains présents au stade qu’ils ne s’inquiètent pas si c’est un peu long. Dans ma tête je veux rester accrocher symboliquement à l’idée de finir dans les 600 premiers, je ne peux en laisser me doubler que 43.Le chemin se fait en sous-bois, avec beaucoup de racines enchevêtrées et de pierres et rochers parfois un peu haut à franchir. Quelques trailers me doublent rapidement. Non ça ne va pas se passer comme ça. « Allez Vince donne tout ce que tu as, tout ce qui te reste ». Je m’accroche et ne cesse de jurer tellement j’ai mal, à mon tour je double des personnes en grande difficultés ou qui flippent dans cette descente technique surtout en pleine nuit.  Finalement après 1H30 de descente (pas agréable du tout et qui empêche de savourer une arrivée sereine sur le stade que l’on aperçoit durant la descente) je pointe le bout de mes XA Pro 3 D complètement défoncées sur le stade, il est 5h25 du matin, et pas encore jour, je me retourne et vois que le concurrent suivant veut m’enfumer dans les derniers mètres. Qu’à cela ne tienne, il veut jouer et bien on va jouer (les souvenirs des séances du mercredi soir à Rebeillau remontent d’un coup à la surface) je me mets à mon tour à sprinter comme un dingue. Je franchis la ligne d’arrivée après 55h 25 mn et 49 secondes, moi qui pensais mettre 55h, je suis assez satisfait (et mon classement ne change pas, je suis toujours 566ème).

Je cherche vite les copains du regard, mais ne les trouve pas. Moi qui avais souvent imaginer franchir la ligne et tomber dans leurs bras et pleurant à chaudes larmes, je me retrouve un peu comme un con au milieu de tout ce monde, personne avec qui partager cette émotion. Finalement c’est de ma faute je suis descendu beaucoup plus vite que prévu et les copains ne m’attendaient pas de sitôt. Finalement Jacky arrive suivi de Véro et Béné et JP avec son appareil photo. La médaille au tour du cou, je peux enfin savourer ma Dodo.

 

Vincent-2.jpgAlors quels enseignements tirer d’une telle aventure et qui puissent servir à ceux qui ont pris la peine de me lire et  qui crèvent d’envie à leur tour de porter le maillot « j’ai survécu à la diagonale des fous » :

  • 1. S’être entrainé : avoir cumulé des kms et des kms, mais surtout bouffer des côtes jusqu’ à plus faim, et avaler des descentes jusqu’ à plus soif (je vous donne un tuyau le terrain de motocross de Buxerolles permet de bien s’amuser dans ce genre de trucs).
  • 2. Ne pas se présenter un peu diminué physiquement ou en trainant une vieille tendinite mal soignée ou un début de périostite car c’est courir à la catastrophe.
  • 3. Avoir conscience qu’il faudra avoir mal et l’envie de finir dans la tête, passer au-delà de la souffrance, bref ne pas avoir un mental de poisson rouge.

Voilà ce récit vaut ce qu’il vaut, j’avais adoré lire celui des copains du club, j’ai d’ailleurs beaucoup pensé aux compagnons de sortie et les messages durant la course ont été sacrément bienvenus.

Un grand merci particulièrement à jean Pierre qui a eu un jour la bonne idée de m’emmener au PEC et pas dans un autre club (et qui a assuré aux différents ravitos) et bien sûr merci à kiki qui a su me donner les bons conseils, me préparer les meilleurs plans. Ce grand raid m’a permis aussi de mieux me connaitre, non pas de dépasser mes limites mais de les connaitre tout simplement.

Allez bonne course et vivement d’autres belles aventures humaines et sportives ! 

ds_CIMG2433.jpg

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Présentation

  • : Christian Baigue : De L'Athlé au Trail
  •  Christian Baigue : De L'Athlé au Trail
  • : Ce blog est destiné à faire partager ma passion de l'Athlétisme, mais surtout, celle du Trail que j'ai découvert à 50 ans en 2002, lors de ma 1ère participation au Grand Raid de La Réunion "la Diagonale des Fous". Ce fut le 1er Trail de ma carrière d'Athlète bien modeste, débutée à 14 ans en Haute-Saône et qui se poursuit à Poitiers dans la Vienne. Dirigeant à l'EPA86, je m'occupe d'un groupe Hors Stade et Loisirs, dans le but de faire partager cette passion à des coureurs de tous niveaux
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  • Kiki 86
  • Finisher : Diagonale des Fous à La Réunion 2002, 2007,1010 et 2012  ou je me classe 1er V3
UTMB : 2008 et 2011 
Marathon des Sables 2010
Objectif :  Célestrail 2017 (Andorre) et Diagonale des fous 2017 avec les Amazones de l'EPA86
Date de naissance : 28/08/1952
  • Finisher : Diagonale des Fous à La Réunion 2002, 2007,1010 et 2012 ou je me classe 1er V3 UTMB : 2008 et 2011 Marathon des Sables 2010 Objectif : Célestrail 2017 (Andorre) et Diagonale des fous 2017 avec les Amazones de l'EPA86 Date de naissance : 28/08/1952

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WIDY GREGO "SPORTIF DE L'HUMANITAIRE"

Mes Entraineurs

Roger PASSARD : Professeur d'Education Physique et Responsable de l'ALERTE GRAYLOISE, qui de cancre en sport m' a propulsé en deux ans "Champion Départemental Minime de Cross" à PORT SUR SAÔNE

Jean-Pierre GORGEON : Co-équipier et Entraineur à l'ASPTT POITIERS m'a permis de réaliser :

  • 15'48"70 sur 5000m, le 14/06/1997 lors des Championnats Régionaux à NIORT (45ème Perf Nationale V1et 5ème M45)
  • 33'42"60 sur 10 000m le 31/05/1998 lors des Championnats de France Vétérans sur Piste à LYON PARILLY ( 21ème Perf Nationale V1 et 6ème M45)
  • 2h40'46" au Marathon le 12/10/1997 lors des Championnats de France de Marathon à REIMS (95èm Perf Nationale V1 et 31ème M45)

Jean-Claude FARINEAU : avec qui j'ai partagé depuis 1984, les charges, parfois lourdes de Dirigeant à l'ASPTT POITIERS, puis au PEC à partir de 1999. Grâce à ses entrainements judicieux, je n'ai jamais raté une qualification aux Championnats de France de 10 km

Jean-Paul GOMEZ :
Finaliste Olympique du 10 000m à MONTREAL en 1976 : Bien que ne m'ayant jamais entrainé m'a toujours apporté des conseils éclairés, notamment lorsqu'il entrainait  à mes côtés l'école d'Athlétisme de L'ASPTT