Janvier 2014 ; nous sommes des milliers à attendre par SMS le résultat du tirage au sort de l'UTMB !
Avec un coeff supplémentaire, je suis persuadé d'être pris ! Grosse désillusion!!!
Alors mon choix se dirige vers L'UT4M à Grenoble pour sa deuxième édition , car comme nous tous j'avais entendu de bons retours de la première édition ; Alors je me lance !
Grenoble est entouré de quatre massifs; Le Vercors, le Tailleferre, Belledonne et les Chartreuses; Voilà notre terrain de jeu !
Pour le week end : Au total 168 km et plus de 10 000 de Dénivelle positif
L'organisation a eu le bon goût de nous rajouter 3 km, suite à une interdiction préfectorale
Au brief ; Certains en rigolent "Bah 3 km de plus ou de moins à ce niveau on compte plus " ; Et bien ces 3 petits km je mettrai plus d'une heure pour les parcourir
Départ huit heures : Avec les copains on s'embrasse, tout va bien, 5km de bitume et nous voilà rapidement sur un sentier en direction du Vercors.
Premier massif, Vercors, 41 km avec 2570mD+
L'ascension se passe bien ; Je suis confiant, j'ai fait une bonne prépa; Rapidement nous passons à côté de l'ancien tremplin des J O de 1968; Droit dans la pente , tout en escalier, La montée est raide !
Au sommet notre effort est récompensé par une vue magnifique sur le Mont Blanc, mais pas le temps de prendre une photo ; D'abord la course, le chrono, le classement....134 eme ! Puis arrive une terrible descente 1500 D- ; Pentue glissante caillouteuse, casse cheville ; Surtout ne pas relâcher la concentration!
Direction"Vif" ; Passage du premier massif en avance d'une heure sur mes pronostics ; Pas grave, je suis bien, je profite !
Arrêt furtif au ravito, 5 mn pour engloutir fromage, saucisson, tucs, bonbons haribos... Du coca pour faire passer le tout
Je profite d'avoir un bon estomac pour faire un peu n'importe quoi ! Baptiste me donne des news ;
Tous les copains sont en courses et on espère tous 100% de finishers ; Pour nous, pour kiki et ses plans d'entraînements, pour le club !!!
Deuxième massif , Taillefer , 43 km pour 2700mD+
Je quitte le ravito ; Un grand merci aux bénévoles ultra sympas et je me prépare pour affronter le Taillefer, 2 eme massif 43 km pour 2700 sur le profil c'est du lourd ! Direction le pas de la vache; Point culminant à 2450 m
Les montées sont raides, mais souvent en sous bois, ce qui est vraiment dommage car nos efforts ne sont pas récompensés par la beauté des paysages ; Grosse descente de 1330 en 5 km , bien raide et rocailleuse !
La descente laisse quelques traces de fatigue , mes orteils souffrent un peu. J'ai du mal à obtenir un bon serrage car la nouvelle version de la xodus ne me convient pas., mais je dois attendre la deuxième base vie pour pouvoir changer.
Je me suis fais plaisir sur cette portion,quelques places de gagnées !
Première base vie au 90 eme et toujours en avance sur mes temps. Encore une heure de gagnée et je me sens bien ! À la vue de ma 82 eme places Je me mets à espérer une bonne perf. 45 mn me seront nécessaires afin de me changer, faire le plein ,manger, souffler quelques minutes. Ne rien faire, apaise aussi. 45 mn C long ,mais pourtant j'ai le sentiment de ne pas avoir perdu trop de temps. Il est minuit quand j attaque le troisième massif "Belledonne"
Troisième massif, Belledonne , 40 km pour 2300mD+
Je sors de la base vie ; Nico m'avait prévenu "Belledône c'est sérieux !
Avant le sentier, un Bénévole m'annonce ce qui m'attend "C est plus du courage cedric c 'est de la folie "
Celui la faut qu'il arrête le bénévolat sur les trail !!!
La montée de la base vie à "Archelle" est terrible gargantuesque démesurée , 30% , 1200 en 3,5 km, puis 600 de d+ pour arriver à la croix de chamrousse . Ici pas de plat, pas de répit .Sur le profil en papier on voit bien que le trait est presque vertical, mais quand nous so
mmes dessus, ça impressionne ; Ça laisse des traces .Je suis lent , seul ; Ce qui rend la progression difficile . Avec ça, la Montagne a dégueulé tout ce qu'elle pouvait en cailloux, rochers, pierres ...
Et vient s'ajouter à notre périple ; Le brouillard ; Pas vraiment notre copain au milieu de la nuit . Nous serons plusieurs à être stoppés au refuge de la Pra, trop de brouillard nous devons attendre d'être 5 couruers au minimum pour pouvoir repartir
Après 15 m d'attente, nous serons 6 à partir à la recherche des balises qui sous l'épaisse couche de brouillard se font très discrètes. Notre progression est ralentie par le terrain : La montée du Grand Colon ; Peu de dénivellé mais droit dans la pente à travers les cailloux où nous avons de la peine à apercevoir la trace .Je me mets à détester ce massif, comme l'année derniere j'ai haï le col de Baréges. La pente est vraiment raide , le brouillard toujours présent .Je pense à cette course "l échappée belle" avec ces 145 km et ces 11000 d+ qui à lieu ici sur Belledône. Une course que je ne ferai pas !
Enfin le sommet quelle délivrance !!!
Je me sens terriblement seul dans, cette descente vers St Nazaire , la deuxième base vie :127 eme km !
Mon cuissard m'irrite l'entrejambe ; Une nouvelle douleur à affronter. En attendant de pouvoir souffler, je dois affronter 2000 D- .
Si j'avais plus de deux heures d'avance sur mon plan de marche ; À Belledône j'ai tou
t perdu et aussi beaucoup de forces laissées à travers ces cailloux.. Je suis fatigué : J'arrive 96 eme à St nazaire en 27 h40 de courses
Nico est présent, me réconforte , prend soin de moi . Je ne suis pas au top de ma forme !
À ce moment la je ne parie pas un radis sur moi ! Je craque, je suis submergé par les larmes, je ne contrôle plus rien. Qu'un coup, toute la pression retombe, Je ne sais pas si je peux continuer ; Encore 42 km ! J 'estimais à 11 heures le dernier massif et là je suis en train de douter : Je ne vaux plus rien , Je ne mange pas, mon corps souffre , mes muscles se froissent ; Mes pieds ? Putain que j'ai mal aux pieds! Mon moral est atteint , merde !! Je ne peux pas arrêter c'est pas possible !
Fifi me redonne du tonus , me reconnecte à la réalité ; Je suis large aux barrières ! Profites en ; Repose toi ..S'alimenter , dormir ,changer de chaussures ; Tout s'embrouille !Je reste deux heures à me lamenter, ma voix est pleine de souffrance ; Je ne suis qu'un souffle de douleurs ; Je suis à la recherche de soutien .
Plusieurs appels me réconfortent, je lis les messages, merci pour ce soutien . Malgré mes douleurs, encore aujourd'hui je me demande comment j'ai fais pour repartir.
Dernier massif, les Chartreuses, 40 km 2400mD+ ;
Me voilà sur la route , puis le chemin qui mène à la "Chartreuse" ; Toujours du bitume pour rallier les massifs , puis une longue montée en sous bois 1800 à avaler .D'abord 1300 dans la forêt . Je monte seul à faible allure mais j'avance ; Je peste après ces panneaux qui annoncent les ravitos à 3 km ! Sur marathon je pourrais mettre 13 mn , mais pas ici ,sur ce massif rocailleux ! Plus d'une heure me sépare du ravito mais je suis toujours en mouvement.
J'appelle kiki qui me laisse plusieurs messages ; Quelques conseils précieux et du soutien me remettent en piste ; Puis l'humour qui caractérise Mickael me permet d'oublier la galère dans laquelle je suis enfoui. j'arrive au "Refuge Habert"; Super accueil , petit feu de bois où on me fait cuire des chamalows ; Je suis le seul coureur, alors on prend soin de moi, je me sens bien ! Du coup je reste plus de 20 mn, la gentillesse des Bénévoles me rebooste et je me sens mieux, je retrouve de l'envie et de l'énergie. La montée vers "Chamchaude" est pénible ; 700 à monter dans les cailloux en pleine chaleur ; Tout ça pour se faire pointer en haut et redescendre par le même chemin ; Ce qui nous permet d'encourager les autres coureurs
À ce moment là de la course je me fais doubler par les coureurs du 90km. Nous n'avons pas la même couleur de dossards, pour nous différencier , mais seuls, l'allure et le style suffisent à nous démarquer ! Je fonce sur "Sappey", le ravito ou m'attend Baptiste avec avec son sourire qui réconforte. 11 mn d'arrêt et me voilà reparti à la 112 eme place !
Une dernière bosse et de la descente; La fatigue m'envahit; Un petit somme sur le sentier, je coupe la frontale met un réveil et me voilà reposé quelques minutes.
Plus j'approche de Grenoble; Plus les frottements se montrent agressifs, je cours les pieds en canard pour limiter l'irritation. Enfin Bastille ; Je reconnais cette forteresse qui surplombe Grenoble; La descente est longue et ennuyeuse.
Cette fois aucune difficulté; On aperçoit la ville illuminée !
Encore 3 km de bitume et me voilà au bout de 42 h 20 d'efforts à demi conscient "Sur la ligne d arrivée" !!!

Les Finishers de l'EPA86 sur le 160km: Cédric Dupuich, Pierre Hay, Pascal Cougnon, Didier Maître !