PAR GILLE CHIRON : ( Tente 18 ) : 162ème en 35h32'36"
Quelle expérience ! Bien plus qu'une course c'est avant tout une expérience humaine. Bien sûr il y a les champions, les têtes de liste comme dans tout sport, ils sont là pour nous montrer la voie, ouvrir le chemin et nous permettre le temps d'une semaine de les côtoyer, les photographier et de faire un peu partie de leur famille sportive !
Mais l'ambiance, la convivialité de la tente berbère qui nous est attribuée restera un grand moment autant par la bonne humeur qui s'installe dès le départ, que la solidarité, les mots sympas, les larmes, parfois la douleur, les échanges multiples de nourriture, médicaments, et accessoires pour améliorer l'ordinaire. Merci !
L'épreuve par elle-même, (240 km sur 7 jours), malgré les conditions climatiques, la nature du terrain et les douleurs physiques de chacun, n'est pas une course extrêmement dure pour quelqu'un qui s'entraîne régulièrement. Grâce aux docs-trotteurs quoi soignent nos bobos chaque jour, les concurrents peuvent repartir le lendemain, certes dans la douleur, mais repartir est l'essentiel pour l'ensemble de la caravane. Nous sommes certes des compétiteurs, mais nous souhaitons avant tout être Finishers de cette 29e édition.
Vincent, Cédric et moi-même, arrivons à Paris 3 heures avant le décollage avec la participation d'un chauffeur de luxe, William, qui a gentiment fait l’aller-retour. Merci ! Aussitôt franchis l’aéroport, nous sommes dans la course : des centaines de coureurs harnachés de leur sac-à-dos (tout comme nous) sont la pour vivre une expérience, qui avec du recul, est extraordinaire !!!
Atterrissage dans la ville de Ouarzazate. Le dépaysement est total et la chaleur un peu plus élevée qu'à Paris. Les six heures de bus nous permettent de nous reposer par intermittence et de regarder les magnifiques paysages qui nous entourent.
L'arrivée au campement est bien rodée. On nous indique qu'il reste trois places dans la tente 18 composée déjà de Pierre-
André, Laurent, Éric, Fabrice, et Christelle. Le hasard fait souvent bien les choses !!!
Puis tout s’enchaîne : dîner par l’organisation, première nuit assez fraîche au bivouac, contrôles, préparation des sacs, briefing, repas, échanges amicaux et repos avant l'échéance de la première étape le lendemain.
Étape 1 : 34 km
Après les photos pour la presse, le briefing de départ, la musique immuable d’AC/DC, les lions et lionnes sont lancés pour une étape magnifique de plaines rocailleuses, de dunes rouges, de passages dans des gorges désertiques, et de nouveau dans les dunes magiques mais interminables, avant une arrivée grandiose !
Les arrivées sont toujours identiques, petit thé par le sponsor officiel du marathon des sables et remise de trois bouteilles 1,5 litres d’eau. S’en suit un petit lavage avec un minimum d’eau et un buff en guise de gant de toilette. Préparation du fameux taboulé qui vous refait un homme ! Il est environ 14h30 heure locale, la récupération est amorcée ! Cette première étape était pour moi très agréable, avec des montées et des descentes dans les dunes (elle sera la moins roulante des 6 autres ) ! Pas de bobos pour le moment (juste les trapèzes qui sont douloureux par le poids du sac). Nous passons notre soirée à refaire la course dans la tente 18, et la préparation des repas qui se révèleront excellents pour des produit lyophilisés.
La nuit sera excellente avec un coucher à 20h30.
Étape 2 : 41 km
Réveillés aux alentours de 5h30, préparation du petit-déjeuner, du sac il faut se dépêcher, les hommes bleus vont démonter rapidement les tentes nous laissant ainsi au soleil sur notre tapis. L'attente avant le départ (8h30) est toujours longue, mais nous nous rendrons compte par la suite qu'elle est nécessaire quand les pieds ont besoin de préparation !
Le départ est donné : une ligne droite de 12 km sur un terrain sablonneux avec cailloux avant le CP1. Vincent et moi faisons ce matin route commune. Cédric est parti à une allure plus soutenue. La chaleur monte, le terrain est exigeant, il est de temps en temps difficile de garder le rythme. J'adapte mon allure en fonction de la température de mon corps et du ressenti de mon cœur ! Au dernier CP nous retrouvons Cédric. Nous finirons tranquillement en alternant marche et course selon le terrain, pour une arrivée mémorable de l'équipe !
L'après course se passe exactement comme l'arrivée de l'étape1.
Pas de blessures apparentes, mais je sens bien que les pieds chauffent inexorablement !
Les trapèzes ne me font plus mal, l'habitude s'installe et le poids du sac descend.
Étape 3 : 37,7 km
Cédric ce matin est parti un peu en retrait, Vincent et moi faisons comme hier course commune ce qui est très agréable. Chaque contrôle (12km) nous donne l'impression de vivre une arrivée et nous prenons plaisir à nous congratuler. Nous continuons ainsi jusqu'à la fin de l’aventure.
Au départ du CP 3 je sens que je suis en surchauffe, la température est brûlante il me faut descendre mon allure. Je demande à Vincent de continuer sa route ; nous avons beau être une équipe, le temps de chacun est déterminant pour le groupe.
Je me mets alors en mode rando rapide, je sors les bâtons et je finis ainsi alternant marche et course.
Vincent est arrivé une vingtaine de minutes avant moi et Cédric ne tarde pas à arriver derrière moi. L’après-midi et la soirée se passent comme pour les deux autres étapes !
Étape 4 : 81,4 km
Après le départ habituel Vincent et moi partons sur les mêmes bases tandis que Cedric est légèrement en retrait. Entre le contrôle 3 et 4 la chaleur et insoutenable et l'eau va nous faire défaut, nous avons sûrement échappé du justesse à la déshydratation !
Au CP 4 je propose à Vincent de faire un arrêt pour manger correctement et permettre ainsi à la chaleur de descendre dans nos corps et dans le ciel. Il est 15h45, 30 minutes après notre arrivée Cedric arrive à son tour. Il n'a pas envie de s'arrêter manger et préfère continuer son chemin, nous le laissons repartir. Une quinzaine de minutes après nous reprenons notre course, la température commence à baisser nous gardons un rythme soutenu et rattrapons Cédric. Deux kilomètres avant le CP 5 je sens une ampoule exploser sur mon pied droit. Il faut que je m'arrête voir les docs-trotteurs afin de la traiter avant de repartir sinon je risque de finir difficilement.
15 minutes après notre arrivée au CP, l'ampoule est soignée me permettant ainsi de finir la course. Il est certain que c'est un peu handicapant, mais je n'ai pas le choix et nous sommes pas mal au niveau temps. Cédric arrive pour se faire soigner à son tour. Les 22 derniers kilomètres seront plus difficiles, nous alternons la marche et la course sur un terrain meuble assez difficile !
Fin de l'épreuve aux alentours de 22h30, nous sommes contents de notre résultat et à ce moment-là nous pensons être mieux classés ... Ca va vite devant !!!
Cédric ne tarde pas à arriver et nous entamons notre nuit qui va égrener au fil des heures l'arrivée des concurrents de notre tente.
Le lendemain, journée de repos qui nous permet de faire un brin de toilette, de la lessive, de faire soigner nos pieds et de regarder tout au long de la journée les arrivées de la grande étape.
Les derniers arrivent aux alentours de 16h30 avec une haie d'honneur et des tonnerres d'applaudissements, chapeau !!!
La distribution d'une canette de Coca-Cola va agrémenter fortement notre journée !
J'attends 2 heures pour faire soigner mes ampoules, malgré les 57 docs en place.
Un grand merci à eux !
Étape 5 : 42 km

Vincent et moi faisons partie des 200 premiers qui partent en décalé de 1h30 sur les autres partis à 7h. Nous rattrapons des concurrents à partir du 8ème km et ce tout au long du marathon. Je trouve que nous avons un bon rythme. Après le CP 1 Vincent, que je sens très à l’aise, termine en trombe sur les 30 derniers km à un rythme beaucoup plus soutenu que le mien. Pour ma part, je maintiens mon allure, faisant extrêmement attention à ma pose de pied un peu douillette. je sens bien que de nouvelles ampoules se forment sur celles déjà traitées par les docs.
A 2 km de la ligne d'arrivée les émotions sortent, c'est bon !!!
Une fois la ligne franchie impossible de se lâcher. Trop de monde sous l'arche pour recevoir avec protocole (chiant) la médaille et la photo avec le directeur de course !
L'aventure est terminée et la douleur de mes pieds est insupportable : un mélange de brûlure et de démangeaison. La fin de soirée est longue, entre la remise des prix d’1h et le magnifique concert de l'orchestre de Paris (que j'écoute de ma tente les pied au frais et libres !).
Étape 6 : 7,7 km solidaires
Petite ballade pour récupérer nos bus et permettre des départs différés en fonction des arrivants.
3h30 de bus à dormir et manger les sacs lunch de l'organisation.
Installation à l' hôtel et .... Première douche depuis 7 jours c'est trop bon !
Repos sur un vrai lit avant un petit tour de reconnaissance en ville pour boire une bière de récupération bien méritée !
Repas (nul) à l'hôtel et gros dodo sur un vrai matelas.
Étape 7 : visite
Après un petit-déjeuner classique, nous partons visiter la ville et faire quelques courses. Puis déjeuner dans restaurant typique et passage à l'hôtel de l'organisation pour récupérer nos maillots de finishers. L’après-midi repos, barbier, hammam et massage !
Petit couscous et début de soirée dans la boîte de nuit qui sert à l’organisation. Mais rapidement la soirée devient longue et centrée sur des groupes déjà formés qui ont partagé des choses ensemble (personne à par nous trois de la tente 18).
Retour à l'hôtel pour une nuit courte départ à 6h.
Étape 8
Bus, attente, avion, bus et TGV retour en famille à 17h45 (super).

Conclusion : le marathon des sables est avant tout une aventure humaine en plein désert, où le temps semble s'arrêter pendant 8 jours. Une semaine concentré sur soi-même à se protéger du sort que l'on s'inflige à vouloir finir absolument ce marathon un peu spécial, à essayer de partager pendant cette semaine un bout de rien ... avec des gens parfois inconnus ! Perdre sa pudeur et retrouver la tolérance ! Essayer de comprendre que l'eau nous est essentielle à notre survie !
Le résultat final n’a que peu d'importance au regard du morceau d'histoire qui vient de se marquer à jamais dans notre mémoire. Et c'est pour moi l’essence-même de cette aventure.
Comme tous les chanceux participants, je raconterai aux suivants mon histoire avec l'œil humide !
Pour moi, la page est tournée et c’est très bien ainsi ... Les plus belles histoires ont une fin !!!
Maintenant j'espère, (In Shaa Allah) un jour pouvoir redonner aux futurs marathoniens des sables, le dévouement que les bénévoles m’ont apporté avec professionnalisme, gentillesse et sourire !
Remerciements :
Ma femme Sophie pour me laisser vivre mes rêves !
Mes enfants Amandine, Justin, Victoire et Jules de supporter un fils unique !
Vincent et Cédric, grâce à vous j'ai écrit une partie de mon histoire.
Vous faites partie des personnes à qui il n'y a pas besoin de parler pour se comprendre ! Merci.
Mes amis : un grand merci pour les messages, les gentils mots ou attentions qui m’ont accompagné pendant la préparation et pendant la course. Parfois juste un sourire, une affection tactile, qui me permet d'être vivant !!!
Les autres : chaque jour vous me donner la force de vivre et me prouver que je ne suis pas mauvais, j'apprends juste à devenir meilleur !
As-salâm 'aleïkoum
Gilles