Après l’île de la Réunion, on cherchait une destination pour nos vacances d’été.
Tiens, pourquoi pas la Corse, on ne connaît pas !
C’est un gros caillou comme la Réunion.
Des paysages et un climat vantés par tous comme des vacances de rêve, c’est l‘année idéale pour foncer.
De plus, il y a un petit trail qui doit être sympa dans la Restonica ! Juste 68 km et 4000 D+, une boucle d’une dimension raisonnable …
C’est parti, la machine est lancée.
Je retrouve mon compère Didier et sa famille à l’île Rousse pour une acclimatation au pays. Car il faut bien une semaine pour s’adapter à la température, l’hygrométrie, le décalage horaire … et forcément à la nourriture locale.
Le vendredi 2 juillet, veille de la course, nous retrouvons la famille Gauthier à Corte : point de départ de la Restonica Trail. La remise des dossards est au supermarché dans une ambiance très bon enfant. On y croise Dawa Sherpa et sa famille qui fait le plein d’eau gazeuse. (Peut-être une énigme de résolue qu'en à ses performances en course ?).
Le départ :
C’est au pied d’une fontaine de la rue principale que le départ est donné. On est tout de suite dans l’ambiance dès le premier mètre avec une montée en galets. Aussitôt sorti de la ville, on attaque le premier col avec un dénivelé de 1400 m sur 7 km qu'on fera en 2 h 30 environ. Nos premiers Km se font avec la frontale. Au fur et à mesure que le jour se lève, nous laissons Corte dans une espèce de brume.
Les paysages s'enchaînent les uns derrière les autres. Nous passons près de l’arche de Scandulaghju, rocher percé et c’est le sommet du Bocca Canaglia (1750 m) ou on aperçoit le Monte Cinto (2650 m) point culminant de la Corse.
Le premier ravitaillement arrive après une descente assez simple.
Jusqu’au lac de Ninu, ce ne sont que montées et descentes sur des pâturages plus ou moins secs avec des vaches ou des chevaux. Le lac du Ninu (1743 m) et ses pozzines sont devant nous, ça rafraîchit un peu l’atmosphère. On doit faire le tour pour retrouver un ravitaillement avant d’emprunter le fameux GR20.
La renommée de ce chemin n’est pas usurpée. Nous allons le constater assez rapidement. Après, une petite pose au refuge de Manganu, nous attaquons la difficulté du parcours.
Et difficulté, le mot est très faible. Comment peut-on faire passer des randonneurs par ce chemin avec des sacs à dos chargés ?
Devant nous, un pierrier de 5 km à escalader en utilisant les mains quelquefois car les bâtons ne suffissent pas.
Nous sommes dans un cirque ou l’on ne voit pas d’issue possible. Des montagnes aux allures austères dominent ce lieu. Puis, au loin, des cris d’encouragement nous parviennent et se rapprochent au fur et à mesure que l’on progresse dans ces éboulis de pierres.
Enfin, c’est le sommet, La brèche (2200 m) sûrement le col le plus difficile que j’ai pu monter. 5 ou 6 Km d’éboulis aussi raide, c’est la première fois que je vois ça mais la récompense est à la hauteur de l’effort consenti. Un panorama a coupé le souffle et mais, il ne faut pas trop traîner, car nous avons mis beaucoup de temps à grimper.
On savoure le paysage quelques instants, les lacs de Capitellu d’un bleu profond et de Melo avec sa verdure environnante.
Nous entamons la descente vers le premier lac et là, surprise !
On s’aperçoit très vite que ce ne sera pas de la tarte. Nous quittons le GR20.
Une chaîne, suivi d’une corde, nous fait descendre la paroi et ce ne sera qu’une succession de passages très techniques. Il faut regarder bien où on met les pieds, mais aussi les mains…
Ce supplice dure jusqu’au refuge du célèbre Théo : c’est la bergerie de Grutelle, terminus de la route goudronnée
de la Restonica.
Cette route longe la vallée de la Restonica, nous la croisons à plusieurs reprises sans jamais l’emprunter. Pour nous, ce sont des chemins très techniques avec une dernière montée (700 m D+) en trace direct dans la pente jusqu’à la bergerie des Cappellace.
C’est là que Didier a décidé de nous faire son traditionnel coup de calcaire !
Nous sommes sur le plateau d’Alzu, il nous reste 13 KM.
La dernière descente vers Corte traverse d’abord une forêt par un sentier sans pierre, c’est inespéré ! On peut réellement courir un peu. Mais, le parcours continue de nouveau par un pierrier. Il faut rester très attentif pour ne pas se tordre une cheville car il n’y a pas 2 pierres dans le même sens. La nuit tombe et nous continuons à la frontale ce qui nous ralentit encore un peu plus.
Au loin, nous commençons à percevoir les lumières de Corte.
Au bout du chemin, dans le noir, nous entendons des voix connues. C’est notre comité d’accueil qui est là, nous attendant patiemment comme à chaque fois et enfin soulagé de nous voir ensemble et en bonne santé.
La fin du parcours se termine dans les rues de Corte. A notre passage devant chaque restaurant, les gens aux terrasses nous applaudissent. Nous avons même eu droit à une ovation en arrivant sur la place centrale malgré un spectacle en cours.
C’est un peu gênant d’être traités comme des stars !!! Même si on n’est pas les premiers…
En tout cas, nous avons gagné le droit de boire notre petite Pietra (La bière corse), et ça, ça faisait longtemps qu’on en parlait.
Le Restonica trail est vraiment un trail de vacances !!! Une gentille randonnée a préparer presque mieux qu’un ultra car il faut apprendre à courir sur les pierres et les rochers, ce qu'on a largement négligé. Je m’aperçois que chaque trail est à prendre au sérieux. Chaque épreuve a ses caractéristiques propres. A nous de les évaluer au mieux avant de prendre le départ.
Mais, quelle belle journée, nous avons passé tous les trois dans ces décors aussi magnifiques que sauvages.