L’envie d’écrire m’a prise en lisant vos récits respectifs, et oui la diagonale des fous quoi dire ?
Pour vivre à côté d’un coureur (et quel coureur mon Didier), c’est beaucoup de sacrifices : comprendre la passion, adhérer à une équipe, partager des week-ends, trouver sa place c’est difficile, mais la passion est là et elle se partage.
Donc cette année ce fût un grand combat, plusieurs week-ends de préparation (le Grand Brassac, Tirange, Le Sancy et oui toujours le massif central…c’est quand qu’on change ???? et bien surprise le Trail du bout du monde arrive et enfin un week-end ou il y a une la mer et le dénivelé, tout est réuni pour découvrir une nouvelle région que du bonheur …
Et puis le mois d’octobre arrive et là un seul objectif la diagonale des fous, ce voyage tant attendu, il est là devant moi, et l’île de la Réunion s’ouvre à nous. C’est une île grandiose, une diversité impressionnante de paysages et de climats, j’en prends plein les yeux et j’adore… les habitants sont chaleureux, leur rythme de vie est zen, une île ou il fait bon vivre.
Et puis le mercredi 20 octobre arrive :
RDV au stade de la redoute, pour récupérer les dossards, les coureurs d’un côté et les supporters de l’autre, le soleil est au rendez-vous, je recherche l’ombre avec mes copines supporters, nos coureurs vont chercher les cadeaux d’accueil et leurs puces qui ne les quitteront plus, prise de photos lors de la signature pour récupérer le dossard (t’as signé c’est pour en ……).
Retour à l’appartement pour la préparation du sac, là tu observes et surtout, surtout tu ne dis rien, car à force de remplir ce sac Didier ne sait plus ou il range ses affaires… « Il est ou mon sifflet poche de droite ou poche de gauche ??? » tu sens la concentration, la peur d’oublier et « si j’avais besoin de ça », la peur de manquer, mais sa concentration et sa passion dominent et le sac est enfin prêt, on dit que la nuit porte conseil.
Le jeudi 22 octobre :
Et oui, après un petit déjeuner, la nuit a porté conseil : on redéfait le sac, on refait un contrôle et cette fois ci tout est prêt. Je discute du parcours des barrières horaires et des endroits ou je peux le voir, mon inquiétude est grande ne sachant pas les temps de passage c’est difficile de se projeter, et puis il y a la montée de Cilaos ses 400 virages, j’ai pris la voiture pour m’entrainer à plusieurs reprises mais le doute est là « non NAT, tu vas y arriver » oui la force de l’intérieur est plus forte que tout, et je suis une battante. Et puis voir Didier c’est le plus important. Allez un petit tour à la piscine, un petit repas, une petite sieste pour combler l’attente du départ.
Jacky nous rend visite pour savoir a quelle heure nous partons pour le rendez-vous photos, nous lui proposons de l’emmener.
Didier se prépare, le sac sur le dos, il est prête la pression n’est pas visible mais au fond de lui je sens l’impatience du départ, Jacky nous rejoint, il est seul, Véro est très émotive et ne viendra pas au départ. Nous faisons quelques photos chez Hélène.
Et ça y est, direction Saint Philippe pour le départ, j’ai décidé d’accompagner Didier et oui chaque moment est important. Qui a dit qu’il n’y avait rien à voir ???, je prends ma voiture et je suis Michel, Colette, Catherine et Gérard. A notre arrivée la foule est présente, l’ambiance est là, des groupes de musique sont présents, je laisse Didier et Gérard à l’entrée du parc, et oui nos coureurs sont parqués, là je vois une petite vieille en tenue ty
pique qui récite son chapelet ou qui dit des prières, elle est très impressionnante, mais elle se fond bien dans le décor…allez un bisous et rendez-vous à la Redoute.
Avec les autres supporters, nous faisons le tour du parc pour voir si nous pouvons apercevoir nos coureurs, c’est un slalom qui s’engage, la foule est serrée, nous arrivons derrière un grand grillage et là « eurêka !!! » le groupe est au complet…photo oblige…
Nous repartons, pour trouver une petite place assise pour voir le départ, l’ambiance est là, les spectateurs mettent l’ambiance, ils sont même debout sur les toits des maisons, le plus surprenant c’est qu’ils sont plus d’une trentaine !!!!22 heures les 3 coups retentissent le départ a sonné, j’aperçois Gérard, mais mon Didier est trop petit, ce n’est pas grave je sais qu’il est là par la pensée. Nous regagnons nos voitures et là dans la noirceur de la nuit une maison nous apparaît, une allée éclairée avec une pergola derrière elle une baie vitrée où est installé une voiture rouge avec une exposition de tableau, je me frotte les yeux, j’y crois pas une voiture dans une galerie !!! Ils sont surprenant ces réunionnais…
Catherine monte dans la voiture avec moi, nous sommes remplies d’émotion et oui le départ : « ça c’est fait », elle me parle de son programme de demain où elle va voir les coureurs à Marabout et déjà j’ai du regret je n’y serai pas car j’ai prévu l’ascension des 400 virages de Cilaos. Nous avons décidé avec Véro de partir de bonne heure.
Le vendredi 23 octobre :
Je passe chercher mes copines Annie et Maryvonne et je suis Véro et en route pour Cilaos, l’ascension s’effectue a petit pas, les routes sont étroites, les tunnels impressionnants, un seul véhicule a le droit de passer : alors par précaution il est conseillé de klaxonner avant chaque virage afin d’éviter d’avoir à reculer, Cilaos nous apparaît et je n’ai pas vu les 400 virages c’est a peine si j’ai soupçonné la difficulté « concentration oblige ». Enfin ouf!! Nous sommes arrivés…Je reçois un appel de Didier, il s’inquiète et veut savoir si tout va bien, je lui confirme notre arrivée et lui dis de passer le message à Jacky.
En compagnie d’Annie et Maryvonne, nous visitons Cilaos, notre gîte, son musée de la broderie, ses montagnes, ses boutiques, sa boulangerie avec un gros millefeuille (mon gâteau préféré)…j’hésite… « Je le prends ou pas » j’opte pour le prendre à 4 heures : manque de chance l’après midi la boulangerie est fermée « tant pis pour moi » !!!
La journée me parait longue, j’ai pourtant le temps de passage de Didier régulièrement, mais je ne l’ai pas vu depuis le départ et ça me manque beaucoup …Catherine, Michel et Colette arrivent en fin d’après midi, ils nous donnent des nouvelles des coureurs. En fait allez a Marabout c’était possible et praticable même si le froid était présent.
Et puis nous allons au stade, Christian ne devrait plus tarder, il finit les derniers mètres avec Maryvonne, Nous apprenons que Lulu a abandonné et qu’il est à la recherche d’un véhicule pour nous rejoindre, je propose d’aller le chercher mais Maryvonne me le déconseille 400 virages de nuit ce n’est pas 400 virages de jour, entre temps Lulu appelle pour dire qu’il a un chauffeur, nous sommes rassurés et nous consolons Annie qui était très inquiète. Alain arrive, Sylvie le soutient, il nous raconte sa course, la difficulté du parcours un vrai moulin à parole, on sent l’excitation de la course, une vrai folie…Catherine reçoit un appel de Gérard lui disant que Didier s’est déshydraté et qu’il fait une pose au Piton des neige, 8km le sépare de Cilaos.
Et là je tombe, déshydratation je connais :
1er UTMB : déshydratation au bout de 35 km, 1er échec moral pour lui et pour nous, la déception du non accompli, Didier restera déterminé (il finira par l’avoir ce tee shirt finicher UTMB même au bout de plusieurs années et en compagnie de son copain Jacky d’ou le surnom DUPONT ET DUPONT. Ce sont tous ces souvenirs qui me passent par la tête, cette émotion que j’ai connue et cette peur de l’échec.
Puis le Mali ou durant la course, Didier a aussi été perfusé, son corps lui a permis de terminer, je me revois tous les soirs à la barrière de BANDIGARA dormir à la belle étoile et regarder le ciel en soufflant « tu vas y arriver, je sais que tu as la force, tu es un battant ».Mon ventre se noue, l’attente va être longue…Je décide de me joindre aux autres pour le repas du soir au gîte, je suis incapable de dire quel a été le menu, mes pensées sont ailleurs je ne cesse de dire à Didier par la force de la pensée : « tu es un battant, tu as la force ». Lulu nous rejoint, il a du mal à marcher.
Marie aussi a des nouvelles de Pascal, mais elle très inquiète le mot abandon est prononcé dans certain discour, ma boule au ventre grossit.
Je repars sur mon rond point juste avant l’entrée des coureurs au stade et j’attends, Véro m’appelle pour que l’on se rejoigne, elle apprend pour Didier.
Michel et Colette essaient de me rassurer, Catherine ira même à plusieurs reprises au point info pour savoir si Didier est parti du Piton des neiges ou pas, mais personnes ne sait, l’attente sur mon rond devient longue, mais c’est l’arrivée de Daniel, je bondis… vite l’appareil photos et pleins d’encouragement 90 km ce n’est pas rien…
Et puis se fût l’arrivée de Gérard et Jacky, mon ventre était noué depuis bien longtemps, Gérard à son arrivée m’a chercher du regard, et m’a embrassé puis ce fut le tour de Jacky et là l’émotion est sortie (et oui Jacky c’est une longue histoire un UTMB, un suivi d’étape en étape, une complicité entre deux personnes Dupont et Dupont) mais il manquait un Dupont : Le mien. J’apprends qu’il s’est vidé toute la journée. Ils se veulent rassurants mais le doute persiste, j’expliquerai les raisons de mon émotion à Jacky, j’apprends que Didier est perfusé, mais j’y crois encore et je persiste dans l’attente sur mon rond point..
Les lucioles continuent de descendre, et je vois apparaitre notre féminine Florence accompagnée de François, c’est super 90km, l’effort se voit sur les visages, la douleur aussi, je ne les reverrais qu’après pour qu’ils m’apprennent leur abandon (mon émotion est grande, l’échec je sais ce qu’il en est , moi qui suis restée sur mon rond point peut être que si j’avais pu leur donner l’assistance pour les aider à se changer et les ressourcer moralement, mais je suis resté collée à mon rond point dans l’attente de voir Didier, je cogite dans ma tête), je leur dis que tant que Didier n’est pas là je resterai là, je leur cède mon lit, je verrai plus tard…
Et puis ce fût l’arrivée de Pascal, un grand dénouement après prêt de 90 km tout seul, il arrive il court car il y a la barrière horaire, j’apprendrais plus tard qu’elle avait été reculée, il part se restaurer, Marie viendra à nouveau me voir avec Sylvie pour savoir ce que je fais, je décide de rester sur mon rond point et je leurs dis d’aller se reposer, merci pour leur intention.
Les lucioles se font rares, un petit groupe chante créole mais plus je patiente avec Michel et Colette plus les supporters se font rares. Je suis de plus en plus inquiète, Michel et Colette décide d’aller se renseigner au point info pour prendre des renseignements pour Didier, et là Michel se retourne et le voit, non il se frotte les yeux, croit à un mirage, Didier est là en train de se restaurer. Il prend ses jambes à son cou et me prévient de son arrivée, il est 2h du matin.
Et moi non plus je n’y crois pas c’est un miracle, il me tombe dans les bras, il à un drôle de visage. La fatigue est installée, les rides se sont multipliées, il est épuisé, il grelotte, il me demande de l’aider à se changer, il finit de se restaurer et veut dormir un peu. Il a déjà décidé de repartir. Il me raconte qu’il a été perfusé avec du glucose et une piqure de primperan, qu’il avait été obligé de descendre a Cilaos car personne ne restait la haut (effectivement Il ya eu 800 abandons à Cilaos).
Didier décide de s’allonger sur une table, je le borde avec la couverture de survie, il me demande un petit bisou et tombe dans les bras de Morphée, je le regarde dormir (le voir comme ça allonger sur cette table c’est une drôle d’impression).
Après quelques minutes, Didier doit changer de place, les tables doivent servir pour le petit déjeuner de la course du lendemain, je lui propose d’aller sous les tentes.
Nous traversons le stade et il rencontre une personne avec un tee-shirt rouge et lui dit « Salut mon copain Jacky » sauf que ce n’est pas lui, je me demande sur quel planète il est, à ce moment là (pas sur la terre). Je lui trouve un lit, il se repose. Pendant ce temps, je rejoins Catherine et Véro, nous sommes assises sur notre mur, et encore sous l’euphorie de cette arrivée (je ne peux pas expliquer ce que je ressens : la joie de le savoir ici avec ses copains). Nous pensons déjà à leur départ de Cilaos car les bus arrivent pour récupérer les abandons. Nous décidons de les rejoindre, tout le monde se prépare pour quitter Cilaos et c’est a cinq qu’il repartent avec la consigne de rester ensemble, et c’est le cri de guerre.
Catherine, Véro et moi décidons de regagner nos gîtes respectifs, un repos bien mérité. J’arrive dans le miens, dans une chambre pour 8, et surprise il ya des ronfleurs parmi nous (non, non je ne suis pas une balance !!!!).
Samedi 24 octobre :
Petit déjeuner, je discute avec Catherine pour lui dire que je vais suivre le reste de la course avec elle. Nous nous mettons d’accord, attendons les temps de passage de nos chers et tendres et nous irons les voir à Dos d’âne.
Et me voilà parti avec Maryvonne Annie et lulu pour la descente de Cilaos, je dépose tout ce petit monde à leur appartement et je leur dit un grand merci pour tout ce partage à Cilaos.
Je rentre à l’appartement, petite douche, direction piscine pour me délasser car je n’ai pas dormi de la nuit et je suis sous pression, il faut relativiser…un petit repas, un regard sur le téléphone pour contrôler mes SMS, et oui il avance. A chaque SMS, nous textotons avec Catherine. Nous décidons d’aller à Dos d’âne RDV à 17 heures. 17h15, Michel, Christophe et Catherine sont au RDV puis nous partons. Rassures toi Gérard, nous garons la voiture prête à partir. L’arrivée des coureurs est impressionnante, ils doivent escalader une échelle, les supporters viennent en famille, ils emmènent pique-nique, boissons…etc. Avec Michel et Christophe, nous descendons voir le coucher du soleil. Michel et Christophe repartent, nous restons entre filles et choisissons une entrée de maison pour nous installer (deux pierres nous serviront d’assise). Nous sympathisons avec un groupe de jeunes qui comme nous attendent 5 coureurs. Nous dégustons des bananes et des petits gâteaux, ainsi que le fruit de l’arbre à pain. Nous voyons des voitures rouler sur 3 roues, que de spectacle, Catherine en tombe à la renverse. Et puis coup de fils, nos coureurs arrivent, vite, vite mon sac un petit chewing-gum qui arrache à l’eucalyptus, ah oui Catherine confirme ça arrache !!!!
Le club de cinq arrive, ils se jettent…pas sur nous …lol… sur le pain d’épice, ils sont épuisés G érard change de chaussures et hop c’est reparti cette fois si RDV à la redoute
Nous repartons de Dos d’âne, la nuit est bien avancée et nous arrivons à bon port.
Dimanche 24 octobre :
Je me lève vers 8heures 30, je déjeune et Véro me rend visite, elle est déjà venu 2 fois mais je dormais, elle veut venir avec moi au stade de la redoute, et m’apprend que la veille on s’est loupée de peu car elle voulait venir avec nous (je suis déçue j’aurai du l’appeler mais avec des si on referait le monde). Elle est impatiente, elle ne veut pas louper l’arrivée et moi non plus. Nous contactons Catherine et sa bande, ils passent nous prendre, nous sommes au stade vers 11heures30.
Les SMS sont toujours là et l’attente devient moins lourde à porter, je sais que l’issue est proche, j’au hâte de le voir franchir la ligne d’arrivée. Pour palier à l’attente, nous décidons de déjeuner.
Ils sont là, l’émotion se voit sur les visages, Didier franchit la ligne, il tombe dans mes bras, et c’est l’émotion qui envahie chacun. Que du bonheur !!!
Je te dédie Didier, ce journal. Merci pour toutes ces émotions qui m’ont fait vibrer pendant cette course. Nous avons eu des doutes, tu m’as fais peur mais tu restes mon miraculé.
Je te remercie Baptiste pour ton soutien au jour le jour et toi Pauline pour ton esprit de compétition.
Ce journal est aussi ma façon de m’exprimer, de raconter et de permettre à d’autres de comprendre pourquoi il est si important de suivre la personne de son cœur.
Ce voyage c’est aussi une pensée pour toi pépé Yvon qui me regarde de la haut, tu as fait parti de mon voyage quand la vie t’a pris, j’ai vu des baleines et ce jour là restera a tout jamais gravé dans ma mémoire.
Merci a tous ceux qui sont rentrés dans ma vie durant ces trois semaines et avec qui le partage fût intense.