Un bon compte rendu, comme il se doit lors d’un premier baptême d’Ultra :
4 h 30, départ à pied du gite pour 10 mn de marche détente avant le centre-ville de Corte. Bisous et encouragements de la part de Manu et je m’installe dans le Cours Paoli au milieu de l’effervescence des coureurs, on enregistre la puce et on se place sur la ligne de départ. Après quelques briefings, le départ est donné à 5 h 06 sous les fumigènes et la musique corse. Un rapide tour en ville, montée derrière la Citadelle… je cherche Manu pour la photo et c’est finalement Cléo que j’aperçois (
levé en cachette pour aller installer la grande banderole « ALLEZ SANDRINE ») au pied de la première ascension !
Coup de chaud au cœur puis, le cœur passe à l’ouvrage, j’attaque les quelques 1400 m de D+ de rocailles qui nous mènent en haut du 1er col, prudemment, sans se mettre dans le rouge (oui, Alain et Manu, je suis vos consignes à la lettre ! je pense à Jacky et Didier… !) et j’arrive au ravito de Padule. L’ambiance y est bonne, c’est un pompier corse qui nous accueille, ravito à la bonne franquette !!! Cà rigole, mais bon, il faut repartir déjà car la montée n’est pas finie, il faut aller jusqu’à Bocca Canaglia à 1800 m.
Je compte sur la descente pour pouvoir courir un peu, pas de bol, c’est trop technique, il faudra vider les chaussures….surtout que je pars avec déjà deux ampoules sous Compeed, histoire de pimenter le challenge !!! Enfin, un chemin blanc sur lequel je peux courir tranquille et savourer le paysage magnifique et on plonge sur le ravito de Sega. Belle descente durant laquelle les 1ers coureurs du 33 kms nous dépassent ! Les malades !!!!!!!
Ravito de Sega : je prends une pause logistique de 10 bonnes minutes pour gérer (après coup, je me dirai qu’elle fut beaucoup trop longue !) et je repars seule, d’ailleurs je ne verrais personne pendant plus de 10 kms à l’exception de quelques vaches et brebis ! Je m’assomme avec une branche pourtant je ne suis pas grande, mais bon à force de regarder les pieds…. Un peu étourdie, cela me rappelle à la vigilance !!

Arrivée sur le Lac Ninu, un plateau où le paysage est magnifique, on dirait que le temps s’est arrêté sur cet écrin de verdure où paissent chevaux sauvages et …..randonneurs. Le ciel se reflète sur le lac, c’est juste trop beau !! Je peux trottiner enfin, mais en faisant le tour du lac, je me trouve bien seule… pas de coureurs en vue… et si j’étais la dernière ??? Je me questionne…. Au ravito, on me rassure, non il y a encore du monde derrière mais déjà 9 abandons ! Un type me dit « j’arrête là, de toutes façons, c’est même pas sûr de pouvoir passer la barrière à Grotelle ! » Le doute s’installe, je n’ai plus de plaisir à courir…. Finies les photos, il faut taper dedans, j’ai peut être trop géré !
La course contre la montre est lancée ! Dans ma tête, les calculs vont bon train, les kms à faire, les allures…ça va le faire, ça va pas le faire….Seulement, le gros paramètre, c’est le point culminant de Bocca Alle Porte à 2200 m ! Bienvenue en enfer !! les cailloux puis les rochers, parfois des parois où, avec mes petites jambes, je dois me hisser à la force des bras faute de trouver des appuis pour mes pieds… Les nuages s’installent, il fait froid et il pleut !!!! Chouette, on ne pouvait rêver mieux pour le mental !
Le point positif, c’est que je ne suis plus toute seule, j’ai rattrapé des coureurs. Je double 5 ou 6 personnes (dont 3 filles) dans cette méga ascension. En haut, la vue est imprenable sur les Lacs de Melu et Capitellu, juste 2 petites photos quand même et hop, il ne faut pas trainer car la descente c’est l’enfer de l’autre côté, des rochers, des sillons à flancs de montagne, des névés, des passages avec main courante en chaine métallique où les bâtons sont chi…. Même si je ne traine pas, la descente est lente jusqu’aux lacs, on passe par des échelles….
Sur le parcours, je double un couple et je demande au type s’il pense que ce sera bon pour la barrière, il me répond « non, c’est mort ! ». Non, dans mon esprit, c’est juste pas possible !!!
Il reste quelques kms et à peine 1 heure devant moi, je me lance comme une tarée dans la descente moins raide mais aussi technique, il faut que ça passe ou ça casse, de cailloux en cailloux, je cours en prenant tous les risques, je me referais une santé plus tard, mais pas question d’achever mon périple ici, pas après tout ce que je viens de me taper !!
Inquiet, au ravito de la barrière, Manu sera monté à ma rencontre à un bon km en amont, il m’encourage et m’accompagne dans cette put…. de descente ! je vois la cabane, j’ai un nœud dans la gorge et les larmes qui montent, ça y est j’y suis… ils ont là les gamins avec la banderole « ALLEZ SANDRINE », du coup, tout le monde m’acclame… il est 16 h 45 et je passe avec 15 min d’avance le temps limite ! J’ai fait 44 kms.

A cet instant, je sais que je serai à l’arrivée à Corte, il ne peut plus rien arriver de grave !!
Un quart d’heure plus tard (j’ai bien pris mon temps pour récupérer), je repars par un bout de route en bitume (aie ! aie !) avant de rattaquer les gorges, il reste 24 kms, ça fait 12 h 15 que je suis partie et j’ai la banane (sans peau Mr Mymoon) !! Heureusement que le moral est bon car la Restonica n’est pas une course de touristes et le parcours va être encore très exigeant !
Au km 50, il faut attaquer la dernière grosse difficulté dans les gorges, l’ascension jusqu’à la plaine d’Alzu : 3 kms pour presque 700 mD+, le choix entre un parcours rubalisé droit dans la pente ou la montée d’un GR qui serpente ! Je choisis cette dernière avec quelques gars, c’est plus long mais moins raide et j’ai laissé beaucoup de jus pour le passage de la barrière !
Redoutable cette montée et en haut à nouveau les nuages et un vent froid (je sors les gants), il reste à Alzu encore 14 kms de descente peu raide mais technique et il est déjà tard !
Je finirai cette descente avec un monsieur qui voudra bien « covoiturer », il fait nuit, on sort les frontales, c’est long et sans répit pour les genoux…Mon compagnon de route en a ras le bol, il se plaint tout le temps, trébuche souvent, râle après les rubalises qu’il faut chercher, et…….plus il se plaint et plus je me sens forte et courageuse (moi la fille !). Le pauvre mec, il voulait voir la finale du foot, dommage pour lui, c’est déjà la 2ème mi-temps ! Deux autres gars nous rejoignent et on commence à apercevoir les lumières de Corte, çà sent la délivrance…
A quelques encablures de l’arrivée, un type avec sa frontale nous encourage : « Allez, mademoiselle, c’est bon tu y es, allez on y va… » ! C’est Sam qui est venu me chercher pour finir, il me redonne la pêche, me libère de mon boulet qui râle, et ensemble nous parcourons le tour de la Citadelle, les escaliers dans la ville pour déboucher enfin sur le Cours Paoli vers l’arche finale !!!!
Tout le long du Cours, en terrasse, il y a des dizaines de personnes, des écrans pour le foot….
A mon passage, je suis acclamée et félicitée, c’est un moment fort et c’est la ligne d’arrivée, Manu est là ! je vais bien ! Je suis finisher de cette sacrée Restonica en 18 h 17’06 !! Et les Allemands en profitent pour mettre un but ! On est tous champions du monde !!!
165 arrivants, 37 abandons (ou hors barrière), je suis 19ème féminine et 8ème V1.
Merci à tous ceux qui ont été plus que présents pour moi, Manu et les enfants,
Merci aussi à Sam qui a fait un suivi de ma course, contactant même les PC lorsqu’il trouvait plus la trace de mon dossard et qui est resté jusque tard pour m’attendre et venir me chercher sur la fin !
Merci à tous mes amis qui m’ont soutenue par messages, sms !
Merci à Kiki pour la préparation physique, et à Alain pour le conseil logistique et mental, merci à vous les gars !
