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UTMB-2013 :Passage aux 38 heures pour un mec qui court l' UTMB et qui bosse en même temps

utmb2.jpgIl est 16H00, la ligne de départ est noire de monde, les rues de cham' sont bondées, on se sert et on se bouscule le long des barrières. La météo est juste géniale, tant pour les accompagnateu...rs que pour les coureurs ça fait des années qu'on n'a pas vu ça. La pression monte ? oui un peu, le sentiment d'y être enfin. Ca fait des mois que j'en rêve de cet instant. En arrivant au PEC, c'est l'UTMB dont on m'a tout de suite parlé, avec aussi la diagonale des fous. Je vois encore les étoiles dans les yeux des copains finisheurs et les fameuses polaires sans manche estampillée UTMB. Ca y est la fameuse musique "conquest of Paradise" du film Christophe Colomb retentit, et l'émotion s'invite dans la foule des coureurs. Moi aussi je sombre, dorénavant il n' y a plus uniquement la Marseillaise qui me fait dresser les poils des bras. Je suis submergé par l'émotion et à deux doigts de craquer, autour de moi, certains ne cherchent même par à retenir leurs larmes. 16h30. Ca y est c'est parti, avec Gilles et Pierre Henri nous sommes coincés quasiment en fin de peloton. Dans les rues de cham', le peloton a du mal à s'étirer, et comme sur une étape alpine du Tour de France, la foule s'écarte sur notre passage, ouah, un sacré moment, c'est magique de voir un tel engouement populaire sur les premiers kilomètres. Ca booste !utmb3.jpg
17H00, premier direct radio sur mon téléphone pour recueillir mes premières impressions, sous le regard un peu circonspect des autres coureurs qui se demandent bien qui est ce type en train de raconter son ressenti alors que l'on court depuis une 1/2 heure.
Je suis agréablement surpris, le peloton a été raisonnable, c'est une bonne mise en jambes, et bizarrement les conversations s'éteignent assez vite, comme si chacun d'entre nous a conscience de devoir s'économiser, car il va falloir fournir des efforts ! Premier ravito aux Houches, avec Gilles nous décidons de ne pas nous arrêter et poursuivons ensemble la première montée. Dans les premiers lacets ça double tranquillement mais sûrement. Je sens que les mollets commencent à travailler, je ne veux surtout pas me mettre dans le rouge, et je préfère laisser filer Gilles, chacun sa course, ça ne m'empêchera pas de penser souvent à lui et de demander de ses nouvelles aux copains aux différents postes de ravitaillement. Je me concentre sur la tâche qui est la mienne. Concentrer c'est bien le mot. Bien sûr que je vais aller au bout de cette course, j'en rêve tellement. C'est une sensation de "zénitude" qui s'installe. J'ai fait le job pour me préparer au mieux pour cette échéance. Une préparation physique avec des heures et des heures à monter et descendre les pentes du moto cross de Buxerolles. Une préparation mentale, ceux qui me connaissent bien savent que ce n'est pas de la prétention mais de la détermination, mais je vais finir cette course, c'est sûr, je n'en doute pas un seul instant. Je suis allé au bout de moi à la diagonale des fous, en terminant les 35 derniers kms avec une périostite, à pleurer ma mère à chaque fois que je posais le pied par terre. J'ai vécu l'enfer et là je veux savourer le paradis ! Pour être honnête, bien évidemment j'appréhende la blessure, personne n'est à l'abri. Je sais que je vais connaitre des coups de moins bien, que je vais devoir apprivoiser.

Les Contamines km 30 ( 934ème)
Premier ravito où je retrouve Véro et Jacky, Bénédicte et Xavier. Je suis heureux de les voir et ce n'est que le début, plus la course avancera et plus je serai content de les voir, un soutien et un confort à toute épreuve. Merci les amis. Ils m'apprennent que Gilles va bien, qu'il est devant. On se dit à plus tard.

Courmayeur km 88 (717ème)
J'ai passé cette première nuit dehors. Jusqu' à 3/4 heures du matin, ça ne se décante pas dans le peloton, on se suit les uns derrière les autres, un coup je te double, un coup tu me redoubles, selon qui monte ou descend mieux que l'autre. Les sensations sont vraiment bonnes, et dans ma tête je veux arriver extrêmement frais en Italie, je me dis que c'est la que la course va enfin pourvoir commencer. Il est 6H, direct radio au téléphone avec le soleil qui se lève sur Courmayeur c'est très cocasse et très drôle de vivre ça. Je cours l' UTMB et en même temps je travaille. quelle chance !
Gros ravito où je retrouve mon assistance royale ! Jacky est aux petits soins. Massage des mollets et des cuisses, voilà qui me requinque. On refait le sac de course ensemble. Il trouve les mots d'encouragement et m'apprend que je suis dans les 700 premiers, franchement je n'en reviens pas. Mes ambitions sur cette course outre de finir est me classer si possible dans la première moitié du général, et là sur 2.300 coureurs c'est un peu inespéré, mais si je sais (comme pour la Diagonale) je crame beaucoup de concurrents lors des ravitos où je ne m'arrête en général pas plus de 5/10 minutes au moins au début. Changement de chaussettes, de chaussures, de tee shirt, une bises aux copains pour les remercier d'être là et je repars, encore un peu plus regonflé. Le jour se lève, il va faire beau, ça va déchirer. Comme sur l'ensemble de l' UTMB je m'obstine à vivre ma course, dans ma bulle, sans trop tenir compte de ceux qui me doublent.

Grand Col Ferret km 99 (583ème)
C'est le petit coup de moins bien de cet UTMB.

 j'attaque ce fameux col le point culminant de la course avec ses 2 537 m d'altitude il est midi. Il commence à faire chaud, et je suis dans une sorte de léthargie. J'avance à pas compté, du pas tranquille du montagnard, je ne me traine pas spécialement et pourtant je n'arrête pas de me faire doubler. Je suis un peu englué dans la pente. Pour reprendre un peu ma respiration et joindre l'utile à l'agréable je fais des photos. Je me dis que je vais prendre cher et devoir aller puiser au fond de moi. Ca y est c'est sûr c'est le moment temps attendu et redouté qui me tombe dessus. Que nenni. Je passe le point de contrôle et je me refais la cerise dans la descente. Fausse alerte tout va bien. En arrivant au ravito, je crains un peu les conséquences sur le classement général finalement...j'ai encore grappillé des places ! Certains qui étaient devant ont bâché, ça me redonne du baume au coeur.
Vincent-3.JPG
La Fouly km 108 (578ème)
Je tombe sur Xavier qui me réconforte. Je lui dis que je suis mort de fatigue, il faut absolument que je dorme, pour moi c'est vital. En trouvant les bons mots, il arrive à me "retourner" le cerveau: "quitte à dormir, patiente jusqu' à Champex, ça sera mieux". Il m'accompagne, nous faisons les premières foulées ensemble c'est appréciable, surtout qu'à chaque fois il faut se relancer, je m'arrête un quart d'heure et je me refroidis terriblement, et à chaque fois je quitte le ravito en tremblant et en claquant des dents.

Champeix Lac km 122 (530ème)
Qu'est ce que c'est dur de lutter contre le sommeil : "Allez vince, craque pas, faut tenir !" Du coup, je me concentre sur ce qui m'agace le plus, petit florilège :
-Ce japonais qui a eu la "bonne" idée d'accrocher une petite clochette à son sac à dos. C'est infernal, ça fait 20 mn qu'il me suit et je me retiens pour ne pas lui faire bouffer sa cloche au nippon !
-Un peu plus loin j'entends des voix qui montent dans la nuit. Trois espagnols parlent fort et n'arrêtent pas de jaqueter même en côte, pendant que moi je souffle comme un boeuf (c'est humiliant). Pas de bol les espagnols ont décidé de me coller aux basques ! Ca doit faire une heure que je me rappelle mes cours d'espagnol, je me demande comment on dit :"vous ne pouvez pas marcher en silence et fermer votre put... de gu....!"
Je n'en peux plus et me laisse décrocher.
Je me retrouve encore avec un étranger (décidément), un allemand. Ce type respire comme un ballon de baudruche, il expire bruyamment et je n'entends que ça...c'est marrant comme des petits détails peuvent vous pourrir (momentanément) une course nature. Au gros ravito de Champeix, je retrouve les meilleurs assistants du monde. De nouveau les massages de
Jacky font des miracles. Les paroles de Béné, Véro et Xavier me réconfortent ils me trouvent de plus en plus frais ! alors info ou intox ? je décide de leur faire confiance.
La montée de Bovine n'est pas drôle du tout, il est un peu plus de 23h et je ne pense plus qu' à une seule chose : DORMIR ! Là franchement ça devient urgent. Je suis à la tête d'un petit groupe. On se suit en silence. Ma frontale commence à regarder les abords du chemin à la recherche d'un petit coin de nature, de quiétude pour s'offrir à mon corps endolori et à mon cerveau lassé de tant d'effort sans aucun repos.
Je me laisse dépasser par une dizaine de compagnons, le temps de m'installer sur un tapis de mousse, j'aperçois une quinzaine de lampes frontales qui arrivent. J'ai un peu mauvaise conscience à faire une pause, mais je sais que c'est une sage décision. Je programme une alarme dans une 1/2 heure, ça devrait être suffisant. Les yeux fermés, je n'ai de cesse d'entendre, les cliquetis des bâtons de marche, ce n'est pas possible, je ne vais pas arriver à dormir. En fait je dors déjà, si, si ! Au bout de 20 mn c'est le froid qui me réveille. Comme à la Diagonale des fous, ces 20 mn me suffisent à repartir. Je suis content d'avoir pris cette bonne décision. Je double de nouveau, dans les montées comme dans les descentes. Je savoure.

Vallorcine km 149 (579ème)
Allez c'est la dernière base de vie où je vois les copains. Ils me demandent si je force vraiment tellement j'ai l'air frais ! Les habitudes sont les mêmes : 2 verres d'eau gazeuse, un verre de coca, un bol de soupe. Je me force à manger solide : pain, fromage et saucisson. Des ravitos nombreux et copieux sont appréciables. Je n'ai quasiment pas touché à mes propres réserves, excepté quelques barres de céréales entre deux ravitos et mes deux bidons de 750 ml, un d'eau l'autre d' Effinov
Vincent-4.jpg ont largement été suffisant entre deux bases de vie. En revanche, je m'étonne à beaucoup, beaucoup boire, de jour comme de nuit. Une dernière accolade aux copains, on se donne rendez vous sur la ligne d'arrivée. Ca y est j'ai conscience de ce qui m'attend, et je m'autorise enfin à y penser : l'arrivée dans les rues de Cham' et la veste de finisher!
Mais pour pleinement savourer il va encore falloir mouiller le maillot (du PEC)
J'arrive au col des Montets, j'aperçois le cortège de frontales qui monte à la tête aux vents. Ce zig zag lumineux n'en finit pas de grimper, punaise, il va encore falloir se taper tout ça ! et non...c'est pire, ce n'est que la partie visible de ce qui nous attend.
allez hop! je passe en mode "économique" technique des petits pas, je me fais doubler, je m'en fous, je me concentre sur ma course. Rejoindre la Flégère de nuit n'est pas chose facile, mais ça sent quand même bon la dernière ligne droite.
La Flégère km 160 (591ème)
Je décide ne pas zapper ce dernier ravito : à quoi bon après tout ? eau gazeuse, soupe etc. Je réveille Jacky pour m'assurer qu'avec les copains, ils seront bien là pour m'accueillir à Cham'. Dans la descente, je vole, deux trois fois je manque de trébucher sur des racines ou des pierres je ne sais pas trop, comme les piles de ma frontale sont elles aussi à bout. je double, mais je me fais aussi doubler. Jacky puis Xavier m'attendent pour m'accompagner dans les derniers hectomètres. C'est super. Le soleil commence à éclairer le sommet du Mont Blanc! Comme je vais bien et que je suis joueur j'accélère la foulée sérieusement et suis à la limite de lâcher mes deu
Vincent 2x copains, finalement je ralentis histoire de leur laisser le temps de rejoindre la ligne d'arrivée, pendant que je m'offre un tour d'honneur et un bain de foule (une vingtaine de personnes à la louche).
Il est 6h44 et je franchis la ligne d'arrivée. Pour la première fois de ma vie de marathonien
et d'ultra trailer je ne pleure pas ! Je ne suis pas envahi ni submergé par l'émotion. C'est limite décevant. Après coup j'observe que je n'ai pas eu à puiser au fond de moi, le mental n'a pas eu à prendre le dessus et à ordonner au corps de suivre.
Les conditions météo ont été excellentes, je n'ai pas subi de pépins physiques, pas de moral dans les boosters, pas d'ampoule...presque pas drôle !
La journée n'est pas encore fini, il faut que j'intervienne dans un 1/4 d'heure en direct à la radio puis plus tard dans la journée raconter mon UTMB sur France Info, Inter et Bleu.
Je termine donc cet UTMB en un peu plus de 38h, heureux d'être finisheur, je me classe 587ème, même si pour moi, le classement général c'est un peu comme les jupes des filles...c'est juste pour faire joli!

utmb1.jpg

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G
belle Histoire, belle Aventure!! bravo Vincent et bravo à tous les Pecistes et sympathisants qui ont bouclés l'UTMB, CCC, TDS et égalemnt GRP.<br /> peux on retrouver tes interventions sur la radio?
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